La Comunidad judía de Tetuán : 1881-1940 - Ana María López Alvarez

En Espagnol, La comunidad de Tetuan 1881-1940, Onomástica y sociología en el libro de registro de circuncisiones del rabino Yishaq bar Vidal Haserfaty.
La communauté juive de Tetouan 1881-1940
Onomastique et sociologie dans le recueil des circoncisions du rabbin Yishaq bar Vidal Haserfaty.
2003, Edité par : Ministerio de Educación, Cultura y deporte
496 pages, ISBN 84 369-3680-9
En vente : Museo Sefardi de Toledo, transito@mail.ddnet.es

C’est avec une émotion fébrile que les lecteurs dont les parents ou grand- parents sont nés ou ont vécu à Tétouan feuilleteront cet ouvrage.

En effet Ana María López Alvarez qui est Conservatrice en Chef du Museo Sefardi de Tolede y offre, sur un papier glacé qui fait briller le jaune pâli de vieux registres, la liste de tous ceux qui passèrent par les mains du mohel Yitshaq Bar Vidal Haserfaty entre 1881 et 1940. Que de personnes connues et aimées revivront ainsi pour ces lecteurs !

Pour l’historien, pour le sociologue également ce trésor sera d’un intérêt certain. 

L’ouvrage débute par une évocation historique de Tétouan (42 pages). S’appuyant sur une abondante bibliographie très spécialisée, l’auteure a également utilisé une correspondance directe ou ses conversations avec des témoins actuels pour reconstituer les différents moments de cette ville privilégiée par sa situation au carrefour de l’Europe, de l’Afrique, de la Méditerranée et de l’Atlantique et qui a mérité, au XVIIIe siècle, par le rayonnement religieux et intellectuel de sa communauté juive, le titre de “Jerusalén pequeña”.

Le curieux pourra se promener dans les rues du vieux Tétouan, grâce à quelques photos d’époque (un peu répétitives, il est vrai, et d’une qualité assez médiocre, mais l’authentique ne fait pas toujours bon ménage avec l’esthétique) et grâce à d’autres illustrations se replonger dans des traditions, us et manières de vivre qui peu à peu se sont effacés : un voyage dans le temps et l’espace sépharade.


Quelques pages de fac-similé des registres de circoncision ouvrent sur une liste alphabétique traduite des noms qui y figurent (pp. 110/273). Elle est suivie d’études spécialisées où l’onomastique a une grande part : on y découvrira, sans surprise, que les prénoms masculins les plus usités sont Yitshaq, Abraham, Yacov, que chez les mamans des circoncis dominent les Rachel, Simha, Esther. On y trouvera aussi le scrupuleux décompte des noms de familles (les plus fréquents : Choukroun, et Benzaquen), accompagné d’intéressants commentaires sur leur origine et leur signification et des précisions statistiques sur les activités exercées par ce noyau de la diaspora qui arriva à compter jusqu’à 50.000 membres en 1935.

On pourra regretter que toutes ces données ainsi classifiées ne soient pas suivies de commentaires ou de conclusions sur les possibles relations entre ces métiers et sur leur retentissement dans la vie sociale. Mais A.M. Lopez laisse, par ce début de mise en perspective historique et cet énorme travail d’établissement de données claires, des bases et des références pour le travail ultérieur de chercheurs, sociologues, linguistes ou autres. 

Willy Rozenblat

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