Cælestia - Fortuna

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Dans une précédente chronique à elle consacrée, nous exprimions combien le genre consubstantiel de Fortuna était la comédie musicale.

Ce nouveau disque ne nous dément pas, bien qu’il élargisse singulièrement le sens de “comédie musicale”, on va le voir.

Fortuna se lance ici - avec de très grands moyens de mise en musique - dans le domaine para-religieux, au centre d’un chœur de moines bénédictins du couvent de de São-Benito de São-Paulo.

Après avoir ouvert sur le Psaume 150, Fortuna nous souhaite Buena semana alors que le chœur d’hommes lui répond et qu’ils reprennent ensemble pour terminer.

Dans ce chant, et Ha Mavdil qui suit, l’interprétation est très brésilienne dans son rythme d’accompagnement et un peu déroutante, mais se fait ultérieurement plus légère, laissant plus de place à la basse continue offerte par le chœur.

L’Haleluya est plus sobrement mis en musique par Fortuna elle-même, les instrumentistes s’effaçant derrière les voix d’hommes mêlées à la sienne propre.


La plage n° 5 Regina Cœli, chantée en latin, fait écho à la 3 partiellement chantée en hébreu et à la 7 de même : Yedei Rashim - texte de Yehuda Ha-Levi - enregistré en concert celui-là. L’intention œcuménique est transparente, manifeste, elle éclate partout.1

Ani Le Dodi (6.3 du Cantique des cantiques) est superbement, luxueusement, mis en musique par Fortuna.

La progression dramatique crescendo en puissance est très bien rendue dans Moshe salyo de Mizrayim, traditionnel marocain. L’impression est très forte…

Le 9 Bendigamos al Altisimo est un texte liturgique sépharade traditionnel bien connu, ici accompagné à la tierce par les instruments, puis par le chœur d’hommes en fond de deuxième partie. Les changements de tonalité, inhabituels, très sophistiqués et le rythme à trois temps, apportent une touche de modernisme au crescendo qui s’accentue vers la fin. Belle réussite.

C’est de nouveau l’interprète et ses complices qui ont mis en musique la dixième plage : Halelu Haleluya, martelé par des chœurs d’hommes à l’arrière plan musical.
Dans le n° 11, chant grégorien Rorate Cœli interprété par les moines, une séquence centrale est chantée par Fortuna a capella qui ne détonne pas du tout.

Faire chanter à un chœur mixte la Nana de Salonika, berceuse classique, douce, discrète, qui demande plutôt à être chuchotée, susurrée, ne nous paraît pas un bon choix, sa mise en scène ici en fût-elle somptueuse, mais pourquoi pas ?

Terminer ce disque assez court (13 plages, 35 minutes) par une composition de Fortuna intitulée dans une vision optimiste Luz Azul (Lumière bleue) sans texte proprement dit, voix de femme sur basse continue et instruments en atmosphère grégorienne bien équilibrée, est une réussite.

Le livret - dont les couleurs sont aussi des variations autour d’un bleu central - présente les textes avec goût (l’hébreu en graphie latine) dans leur langue d’origine, puis en portugais et en anglais.

Les moyens mis en œuvre sont énormes  - seize instrumentistes et dix voix d’homme - qui seront évidemment discutés par les puristes, mais le résultat nous semble à la hauteur.2

Jean Carasso
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