Sépharades de Turquie en Israël

Éléments d’histoire et de culture des Judéo-Espagnol1

Emmanuelle Simon


Comme bien d’autres chercheurs anxieux de recueillir des témoignages sur notre culture, très amoindrie par la Choah et dispersée par la seconde diaspora, Emmanuelle Simon, après avoir présenté à l’Université de Haute Bretagne à Rennes, en 1988, un mémoire sur le sujet, a poursuivi son travail. Ce livre en est le fruit.

L’auteur a réussi à s’entretenir en judéo-espagnol, et en Israël même, en 1989, principalement au moshav (dit de los Turcos) de Burgata, avec nombre d’informants nés dans la région d’Edirné (Andrinople), berceau de sa propre branche maternelle. Elle définit sa problématique : “Y a-t-il aujourd’hui en Israël des éléments distinctifs reflétant une identité propre qui les distinguerait [ceux d’Edirné] des autres Juifs et des autres peuples ?” (page 13)


Emmanuelle ajoute qu’elle a complété sa documentation par diverses lectures dont, bien entendu, les bulletins de l’Alliance, la presse judéo-espagnole qu’elle a pu consulter à l’Institut Ben Zvi2, et les publications actuelles.

Les noms des familles considérées sont : Barouh/Revah et Sides/Nahe.

Le cadrage historique sur “le passage des Juifs en Espagne” (énoncé plutôt curieux pour dix ou quinze siècles de présence… bien que le mot “passage” soit parfois écrit entre guillemets…) est classique. 

Les  entretiens sont rapportés en judéo-espagnol, traduits à la suite en caractères typographiques plus petits, ce qui facilite la lecture et la compréhension.

L’auteur s’interroge sur ce qui forme l’identité culturelle, puis en étudie chaque élément, la langue bien entendu, mais aussi les habitudes scolaires, quotidiennes, sociales donc festives,

 professionnelles, alimentaires, ce qui nous vaut quelques recettes énoncées de façon plaisante par les interlocutrices concernées : voir les burmuelos de ispinaca de Pesah.3-4

De façon générale, la langue des récits est vivante, comportant nombre d’inclusions turques et autres, traduites, et françaises.

Les activités à Edirné, telles que rapportées, étaient fréquemment d’ordre agricole ou proche : élevage, boucherie, tricotage de la laine etc.

Deux remarques dans la conclusion attirent l’attention : dans la mémoire collective “il n’y a aucune attache sentimentale à l’Espagne”, et  la formation d’un état unitaire centralisé en Israël a beaucoup fait pour la disparition de notre culture… “au profit d’une culture commune à construire sur la base de tous les éléments que les immigrés apportaient”.

Voire…

Jean Carasso
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