Edición y estudio de doce novelas aljamiades sefardíes en principios del siglo XX - Amelia Barquin López

En espagnol 1997 Servicio editorial de la Universidad del país Vasco. Méthodologie, très important glossaire, bibliographie, quelques reproductions de journaux. 500 pages 

Pour sa thèse de doctorat dirigée par le professeur Paloma Diaz Mas, Amelia Barquin López édite douze petits romans judéo-espagnols du début du siècle. Ces romans brefs ont donné lieu à une production importante (deux cents titres recensés environ) et jusqu’ici peu étudiés : à peine quatre d’entre eux ont été publiés.

Ils paraissaient tout d’abord en feuilletons dans les journaux judéo-espagnols, en particulier lors du grand essor de cette presse entre 1908 et 1922, puis faisaient l’objet d’une édition séparée. Il s’agit pour la plupart de traductions, résumés ou adaptations d’œuvres étrangères, souvent françaises. C’est un des mérites du travail d’Amelia que de montrer l’intérêt de ces adaptations en les resituant dans leur contexte, en les expliquant en fonction du public visé et du but poursuivi par leur auteur. Les nouvelles qu’elle publie ont toutes paru dans El Meseret, d’Izmir, sous la plume d’Alexandre Ben Guiat qui en fut le directeur entre 1901 et 1922 et qui est aussi connu pour ses poèmes et calligrammes. Transcrits du judéo-espagnol en caractères Rachi selon un ingénieux système destiné à en faciliter la lecture aux hispanophones contemporains et qu’il nous est impossible de reproduire faute de matériel spécialisé pouvant rendre les nombreux signes diacritiques, ces textes ne sont pas directement reconnaissables par les judéo-hispanophones et ont quelquefois l’air un peu “traduits”.

Mais ceux qui s’intéressent aux récits et à leur contexte prendront comme moi beaucoup de plaisir à la lecture de Baños de sangre, La cabeza cortada, Salvado por su hija, La brigante, Perdidos en mar, La nave hechicera, La maldición del judió, La hermosa vivda, aux noms évocateurs, et les très romanesques Pablo y Virginía, Cascambó, Leónidas el nadador. Ils apprécieront aussi le sérieux travail de reconstitution des sources et de confrontation des textes à celles-ci.



L’adaptation confère souvent un autre sens aux récits et une redoutable efficacité.

Pour ma part, c’est El muerto que está vivo que je préfère. Œuvre originale de l’auteur semble-t-il, le narrateur y raconte, médusé, le témoignage d’une opération très futuriste à laquelle a assisté, à Caracas, un docteur de ses amis. Avec force détails celui-ci lui explique comment un chirurgien a suturé la tête d’un décapité à son corps, le ramenant à la vie. Convaincu par son estimable collègue et ami, le narrateur apprend alors que celui-ci est fou à lier et a décapité son propre serviteur. La chute ne manque pas d’ironie…

Le travail d’Amelia Barquín López devrait atteindre un large lectorat et inciter à de nouvelles publications. Le grand public pourrait alors accéder aux textes de l’autobiographie d’Eliya Carmona, un petit bijou d’humour et de picaresque édité sous forme de thèse par Robyn K. Loewenthal (1984) comme le rappelle opportunément Amelia, ainsi que d’autres textes dormant encore dans les bibliothèques.

Marie-Christine Varol

Comments