Editorial


Cette année 1998 marquera un tournant dans l’approche de notre culture judéo-espagnole véhiculée par notre langue. C’est celui du passage systématique de l’oral vers l’écrit, c’est-à-dire la possibilité d’enseigner pour continuer à transmettre.

Bien entendu, ça n’est pas d’hier que des chercheurs (euses) israéliens et autres ont commencé à coucher par écrit des histoires de Djoha, des textes de chansons traditionnelles et des recettes de délicieuse cuisine !

Mais tant que survivaient des locuteurs d’origine, dûment interrogés et enregistrés ici ou là de par le monde, le besoin d’enseigner n’était pas aussi prégnant, la transmission s’effectuait d’elle-même jusqu’à un certain point, vers ceux qui désiraient entendre… Cette période va s’achever. Mais ça n’est pas pour autant la mort de notre langue et de notre culture, comme certains le prédisent avec persévérance depuis un siècle…

Les choses prennent un autre cours, tant il est vrai que le vivant trouve des voies et cheminements pour assurer sa propre continuité.

Deux jalons importants dans ce cheminement sont :

Le démarrage effectif en Israël d’une “Autorité pour le ladino” (sur financement d’État) dont un des objectifs est de former des enseignants. Cela est en route.

La parution en France et simultanément, de manière concertée, de deux ouvrages novateurs dans leur domaine : 

- un “Manuel de judéo-espagnol, langue et
 culture
”,

- un “Dictionnaire français/judéo-espagnol”.

Rien de tel n’existait jusqu’ici dans aucune des grandes langues occidentales.1

Le reste de ce numéro est diversifié :

au travers de livres analysés, nous revenons sur deux sujets déjà abordés : les relations entre les Juifs de Livourne et Tunis; l’environnement humain et culturel de Cervantès.

Puis, comme dans chaque parution, un document reproduit du fonds Nahmias qui nous a été offert nous permet de faire connaissance, au travers d’un jugement d’Inquisition, avec un curieux personnage marrane : Villareal, rattrapé et brûlé. Toujours l’Espagne… et, plus proche de nous, la récurrente question de son attitude officielle durant la Choah.

Nous analysons aussi divers livres ainsi que de nombreuses revues, rubrique un peu délaissée dans les numéros précédents, et bien entendu, accordons de la place à la lingua muestra… aussi sous la forme de bons disques écoutés avec plaisir !


La Rédaction

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