The Tryal and sufferings of Mr Isaac Martin who was put into the Inquisition in Spain for the sake of the protestant Religion d'Isaac Martin

traduction de l'anglais :
Le procès et les souffrances de Mr Isaac Martin qui fut livré à l’Inquisition en Espagne pour sa religion protestante. Ecrit par lui-même et dédié à sa gracieuse Majesté le roi Georges, grâce à laquelle il fut libéré. London 1723

Arrivé à Malaga en 1714 avec épouse et quatre enfants, homme d’affaires polyglotte et marchand de vin prospère, il suscite des jalousies : on le suspecte de judaïsme ce monsieur Martin ; ne s’appelle-t-il pas Isaac d’ailleurs, et son fils Abraham ?

Quatre années durant il est fortement pressé “pour son bien” de se convertir, ce qu’il refuse fermement et lorsque, écœuré, il est décidé à quitter le pays, l’Inquisition se saisit de lui - quoique Anglais - et de ses biens. Sa maison est vidée en cinq jours sans souci de ce que deviendra sa famille.

En prison, on exige de lui un silence absolu. Son premier interrogatoire, courtois et approfondi, dure une heure et demie, les suivants sont plus ou moins longs, bien conduits. Mais toujours on lui promet libération contre conversion, ce qu’il refuse obstinément.

La discussion devient théologique, ne croit-il pas en Jésus-Christ ? etc... et dans ce cas pourquoi ne pas accepter la conversion ?

Mais le plus frappant à la lecture est le haut niveau d’information des inquisiteurs, qu’ils obtiennent d’un réseau serré de “familiers” (lisez : “espions”). Isaac Martin apprend au passage que l’Inquisition dispose d’un millier de ces “familiers” dans la seule région de Grenade. Et aussi que certains, dans son cas, sont Anglais comme lui-même, ce qui lui apparaît troublant; jusqu’à ce qu’il comprenne et Isaac l’explique alors à ses juges : il ne s’agit pas d’Anglais, mais d’Irlandais catholiques, ses ennemis par conséquent...

Il y eut quinze audiences en quatre mois, sans compter les visites inopinées des juges en prison, s’enquérant de sa santé, de sa nourriture, de ses besoins pratiques et concluant toujours qu’ils aviseraient à améliorer tout cela... bien entendu il ne se passe rien. 
Isaac souffre surtout de manquer de nouvelles de sa famille, et de ne pouvoir lui en communiquer.

Bien qu’il croie en Jésus-Christ et que le dossier prouve clairement qu’il est Anglais et protestant, on ne l’en déculotte pas moins un beau jour devant plusieurs juges, pour observer s’il est - ou non - circoncis... bien entendu il ne l’est pas !

Mais ce ne sont pas là réellement des tortures, dont il nous apprend incidemment qu’elles sont courantes, dures... jusqu’à faire avouer à des chrétiens qu’ils sont juifs, ce qu’on leur demande de dire pour obtenir un petit répit et bien que ce soit faux. On leur demande même de déclarer que l’Inquisition est juste etc... on a l’impression, à ces passages, de lire une actualité plus proche hélas...

La perversité des accusations est parfois inimaginable : lui, Isaac Martin, est lourdement coupable car les membres de sa propre famille désiraient devenir catholiques romains, et c’est lui qui les en aurait empêchés... Cette perversité est patente aussi lorsque l’inquisiteur de service glose sur les noms d’Isaac et d’Abraham (le fils de l’accusé) argüant que ces prénoms sont juifs d’évidence, alors qu’il sait pertinemment que les noms de l’Ancien Testament sont couramment portés par les protestants !

Isaac Martin nous raconte aussi comment les inquisiteurs “tiennent” leurs propres informateurs : les truands modernes n’ont guère innové dans ce domaine...

Il est finalement condamné à une amende, à cinq ans de galère et 200 coups de fouet à subir en public.

Mais c’est sur l’intervention du roi d’Angleterre qu’il est libéré et prié de ne pas remettre les pieds en la péninsule ibérique.



Outre qu’Isaac jouissait d’un bon niveau culturel, qu’il a pu écrire en prison, ce qui était exclu pour les autres, et qu’il s’est bien remémoré, après un séjour relativement bref, les personnalités des juges comme la structure des locaux dans lesquels il était enfermé, son document est fort instructif des méthodes de terreur (douce dans son cas à lui...). 

Proprement étonnant, édifiant, tout cela !

Jean Carasso

Comments