Revues : Les cahiers séfardis - Sam Lévy

Trésors de culture et de mémoire,  ces Cahiers Séfardis sont consultables à la bibliothèque de l’A.I.U.   45 rue La Bruyère,   75009 Paris.

La présente édition marque les six années d’existence de notre “Lettre Sépharade”.

Il est grand temps de rendre hommage à nos frères aînés, les “Cahiers Séfardis”, parus du 5 novembre 1946 au 16 octobre 1949, en douze livraisons trimestrielles, faites de cahiers du format 225x145 mm et d’environ 60 à 65 pages pour chaque fascicule trimestriel double.

Le fondateur et l’âme de cette publication fut Sam Lévy, âgé de 80 ans lorsqu’il l’acheva.  Il mourut plusieurs années plus tard, patriarche toujours écrivant...1

L’exemplaire relié - de l’ensemble des trois années - que nous avons en main est d’autant plus émouvant à feuilleter qu’il a appartenu à la bibliothèque personnelle d’Enrique Saporta y Beja, érudit auquel on doit, entre autres, les fameux Refranes de los judíos sefardíes2 , Selanik i sus Djudyos 3  et En torno de la torre blanca4.

Puis cet exemplaire est entré ultérieurement dans la bibliothèque du lettré Elie Nahmias, dont la veuve vient de nous l’offrir. C’est un grand honneur que d’être les successeurs de telles personnalités...

Mais c’est un piège aussi...tant ces pages restent intéressantes, d’actualité et pourraient être reprises telles quelles. C’est là devant qu’on éprouve la vanité de la création éditoriale et journalistique : pourquoi continuer d’écrire puisque tout a déjà été formulé, parfois même de manière talentueuse ? Reste que l’Histoire, l’étude méthodique des archives, renouvellent le propos et les articles de caractère historique publiés dans la présente édition le confirment.

Revenons pourtant au texte et efforçons-nous d’illustrer par quelques exemples l’intérêt de ces “Cahiers Séfardis”.

Songeons déjà qu’en ces années d’immédiate après-guerre, Sam Lévy a publié la liste complète des Sépharades déportés de France, avec nom, prénom, date et lieu de naissance et dernier domicile connu, ainsi que des témoignages de survivants d’Auschwitz , de la révolte des prisonniers de Sobibor le 14 octobre 1943, etc, qu’on “n’entendait” pas à l’époque semble-t-il, puisqu’ils passèrent relativement inaperçus....


    Remarquons qu’en tome II Sam Lévy nous a offert sous diverses signatures des articles documentés sur “Les Séfardis du Mexique” (un article très curieux sur la découverte en 1936 par des Séfardis d’Europe, de tribus juives - pourrait-on dire - s’adonnant à l’agriculture à quelques heures de voiture de Mexico, et pratiquant un judaïsme élémentaire), “Les Séfardis du Brésil”, “Les Séfardis de Palestine” “La littérature judéo-hollandaise”, une étude sur “La famille Mizrahi” avec ses représentants notables depuis le XVIème siècle... de nombreux articles consacrés à la lingua muestra, des monographies de Sépharades célèbres, quelquefois à l’occasion de leur décès mais pas toujours, d’autres étant honorés de leur vivant, particulièrement des bienfaiteurs.

Mais plutôt que de recopier une intéressante table des matières, nous préférons analyser quelques caractéristiques de cette série datant d’un demi-siècle.

Si l’on compare avec ce que sont des publications culturelles contemporaines sépharades dans le monde 5  y compris la présente, on peut constater, en cinquante années écoulées, et sans être exhaustifs, que :

les CS se tiennent plus près des activités cultuelles et consacrent des articles à d’éminents rabbins du temps. D’évidence il s’agit du reflet de la société contemporaine qui s’est beaucoup sécularisée en cinquante ans. De même, sans en être directement l’émanation, les CS se tiennent fort proches de l’Union des Israélites Séfaradis de France dont l’appellation d’origine avait été entre les deux guerres : Union des Israélites Saloniciens de France. Le sigle UISF6 fut ainsi conservé.

les CS consacrent des articles nombreux et réguliers au judéo-espagnol, mais ne rédigent pas une ligne dans cette langue. C’est assez curieux.

les CS réunissent nombre d’articles originaux, inédits, d’auteurs francophones. Ils ne traduisent pas.

les CS n’analysent pas de livres, au moins contemporains, mais parfois en citent, sous des signatures fort diverses (Dumas, Maurras comme Gobineau, Jules Isaac, Leroy-Beaulieu Jos. Nehama et bien d’autres). Il faut se remettre en mémoire que la production éditoriale était mince en ces années !


    les CS ne consacrent pas une ligne à d’autres vecteurs que l’écrit.
Bien entendu c’est le reflet de la civilisation : le disque noir 78 tours n’avait pas encore pris l’extension qu’on lui a connue, relayé par le disque 33 tours puis le compact.

les CS, bien que publiant bientôt après la guerre sur du papier médiocre, illustrent leurs textes sur tels et tels hommes de portraits photographiques.

et bien entendu,... en quatrième de couverture de l’édition du 7 janvier 1947, Sam Lévy frappe du poing sur la table en des termes justes et durs à la fois, que nous n’osons pas reprendre : le sens pourrait s’en résumer ainsi : “ si point d’argent, point de suite aux “Cahiers Séfardis”...”

Eternelle histoire des publications culturelles à but non lucratif...

Notre admiration pour Sam Lévy est grande, vraiment...

Jean Carasso 

Comments