CRONICA (en grec) N° 146, DECEMBRE 1996

ΧΡΟΝΙΚΑ la revue du judaïsme grec,  Sourmeli  2  GR104 39 Athènes

Le numéro de la revue du Conseil Israélite Central de Grèce, Cronica, du mois de décembre, nous offre plusieurs articles qui peuvent intéresser à plus d’un titre les lecteurs de la “Lettre Sépharade”. Deux de ces articles traitent des communautés de Salonique et de Janina, tandis qu’un troisième concerne le sauvetage des Juifs d’Athènes durant la seconde guerre mondiale.

Le docteur Evanguellos A. Chékimoglou tente dans son travail intitulé A la Kazika de Malta 1, de percer le “mystère” du quartier juif de Salonique dit “de Malte” dont les limites n’ont jamais été définies avec précision. Nous ne pouvons donner ici le détail des recherches auxquelles l’auteur de l’article s’est livré pour déterminer la position de ce quartier car il faudrait fournir conjointement à ces explications une carte très précise de la ville et la complexité des indications qu’il donne ne serait pas d’un bien grand secours à celui qui ne connaît pas parfaitement la Salonique d’avant le grand incendie de 1917. Après de savantes considérations sur le nom des rues et des marchés, sur les portes et les murailles qui ont disparu depuis, E. Chékimoglou affirme qu’en fait la zone dont il cherche à définir la situation était formée de deux quartiers : Malte et Cedid [nouveau ] dont la frontière n’était pas nettement délimitée mais dont la majorité des habitants étaient juifs. Quant à l’origine du nom de Malte, et c’est là le point fondamental de l’article, elle semble assez difficile à définir : il apparaît que les Chevaliers de Malte au XVIème siècle se livraient à la piraterie aux dépens des commerçants juifs qu’ils relâchaient en échange d’une forte rançon. La communauté de Salonique, entre autres, rachetait les prisonniers juifs quand les navires maltais faisaient escale dans le port macédonien et ces prisonniers demeuraient à Salonique le temps qu’il fallait pour se libérer leur dette envers la communauté. Le chercheur suppose que le marché des prisonniers se trouvait précisément dans la zone du quartier dit de Malte. 


Quant au nom de kazika employé par les juifs saloniciens il signifie, outre maisonnette, “cabinet d’aisance” comme le définit Joseph Néhama dans son français si élégant. Pour lui l’expression a la Kazika de Malta signifiait “aux latrines publiques les plus immondes”, les latrines du quartier de Malte étant toujours dans un état de saleté peu engageant en raison de la grande fréquentation que connaissait ce quartier des affaires…

Le second article qui nous a intéressé est la traduction en grec d’un contrat de mariage, une ketuba, signé en 1866 à Janina2. L’intérêt de ce document réside dans le fait qu’il énumère l’ensemble des biens que la fiancée apportait en guise de dot, biens évalués par un estimateur officiel, celui qu’en judéo-espagnol on appelle el presyador. La dot se montait globalement à 1930 “piastres” [grossia] “en monnaie de Son Altesse notre Souverain Abdoul-Aziz” et comprenait, outre l’argent comptant, un foulard brodé d’or, des caleçons, un drap festonné, un oreiller brodé, un oreiller blanc sans laine, une courte-pointe de Syros, 6 robes, 1 piplé [gilet] brodé d’argent, un sac de fourrures, une flokoti [serviette de toilette], une paire de chaussures, trois paires de tsourepi [bas] et bien d’autres pièces de vêtements caractéristiques de la société ottomane de l’époque. Des deux témoins qui apposent leur signature au bas du contrat l’un spécifie bien : “Matathias Mossé David pur Sépharade” … Ensuite vient une déclaration du marié, devant témoin, certifiant qu’il a trouvé la jeune fille tel un “jardin verrouillé, un puits scellé”. Le lendemain du mariage, dans la mesure où celui-ci était consommé, ce que les parents (en majorité des femmes) confirmaient, on coupait le baklava, cérémonie par laquelle le marié s’engageait totalement et après laquelle il n’était plus en droit de réclamer le divorce pour une question de virginité…


       Le Professeur Dion. Varonos a publié en 1994 un ouvrage intitulé “Petites Histoires”. Cronica nous offre un extrait de cet ouvrage sous le titre “Souvenirs du sauvetage des Juifs grecs sous l’Occupation”. En fait il s’agit de deux récits : celui du président du Conseil Israélite Central, Iossif Lovinguer, aujourd’hui décédé, qui gagna, comme un certain nombre d’Israélites, la Turquie depuis l’Eubée et surtout celui de Nelly Tabah-Nahmias qui nous raconte le long voyage qu’elle dut accomplir seule avec sa mère pour retrouver son père et son frère réfugiés dans le Péloponnèse sous la protection de la Résistance. De foyer provisoire en chambre d’accueil, de bus en caïque et enfin en plein mois d’octobre glacé, à dos de mulet sur les chemins escarpés des montagnes du Péloponnèse, les deux femmes atteignent le but de leur voyage, Perdikovryssi où la famille enfin reconstituée passera une année “paisible”3 Mais combien de fois la narratrice s’est-elle alors posé la question de savoir que devenait le reste de sa famille à Athènes !

Ce numéro 146 de Cronica comporte bien sûr d’autres articles centrés sur le judaïsme grec tels que ceux traitant des Juifs de Rhodes sous l’occupation des Chevaliers (première moitié du 15° siècle)4 , de la création de l’Université de Salonique en 1926, sur l’emplacement du cimetière juif, par Yorgos Ioannou 5, mais aussi des articles tournés vers le restant du monde avec un travail consacré par Brendan Gill au United States Holocaust Memorial Museum de Washington.

Bernard Pierron

L’édition suivante, n°147 traite entre autres : du sauvetage de Juifs de Volos et Castoria durant l’occupation, de la situation actuelle des Juifs à Istanbul etc.

NDLR

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