Muestra lingua : A lexicon of the Hebrew and Aramic elements in modern Judezmo - David M. Bunis

(en hébreu)
David N. Bunis. A lexicon of the Hebrew and Aramic elements in modern judezmo. The Magnus Press. The Hebrew University, Jerusalem 1993. S’adresser à Misgav Yeryshalayim P.O.B. 4035 Jerusalem 91040 Israël. 40$ port inclus. 
En 1986, H.V. Sephiha écrivait : “sachons récupérer notre culture, sachons reparler notre langue agonisante, et ainsi nous retrouver. Et qui dit agonisante dit - étymologiquement - qui combat et lutte pour sa survie. Survie dont il faut que nous soyons les artisans.1  Il apparaît que cet appel na pas été vain et que depuis quelques années,... “aux niveaux savant et populaire, il semble se produire comme une renaissance de lintérêt pour le judezmo ”.

D’ailleurs, David M. Bunis qui, en ces termes constate cette évolution et ce regain dintérêt pour une langue qui était réellement menacée après la seconde guerre mondiale, vient lui-même de publier, en Israël, un lexique des termes hébraïques et araméens en judezmo  .
Le mot lexique employé par l’auteur, est un terme que lon peut juger par trop modeste une fois que lon a parcouru les quelques cinq cents pages de son ouvrage. Certes, nous connaissons déjà entre autres le fameux Dictionnaire du judéo-espagnol2 de Joseph Nehama, qui est une somme concernant le judéo-espagnol salonicien moderne, mais aussi une véritable encyclopédie sur la culture des Juifs de Salonique. David Bunis lui, tout en se limitant aux termes et expressions du lashon akodesh et du lashon arami 3  qui émaillent la langue populaire des Sépharades de lempire ottoman, a pris en considération les nombreuses variétés du judezmo moderne, écrites et parlées. Son ouvrage est donc basé sur l’étude dun matériel provenant de la vaste aire ottomane où ont vécu pendant des siècles des Juifs hispanophones, à savoir les régions de Belgrade, Bitolj (Monastir) Bucarest, Istanbul, Izmir, Jérusalem, Rhodes, Sarajevo, Sofia, Salonique et bien dautres encore. A la richesse de la documentation sajoute le soin et la rigueur dans la présentation. Chacune des 4500 entrées du lexique est traitée avec méthode, indiquant, outre les données fondamentales telles que le sens, la prononciation par translittération et transcription romanisées, ou le genre du mot sil y a lieu, les sources d proviennent le mot analysé, ses dérivés et ses formes hypochoristiques, des exemples tirés de textes et de proverbes.
Mais cet énorme travail qui, lon sen doute a nécessité la consultation d’innombrables ouvrages et la rencontre de locuteurs originaires de différents horizons et vivant aujourdhui aux U.S.A ou en Israël, est complété par une introduction dans laquelle D.M. Bunis analyse l’évolution du judezmo selon trois phases qui sont : celle de lancien judezmo (avant l’expulsion dEspagne), du judezmo moyen (XVIème-XVIIIème siècles) et de la langue moderne (à partir du XIXème siècle). Il nest pas possible de donner ici ne serait-ce quune idée de la multiplicité des exemples qu’il fournit pour illustrer ses analyses de l’évolution du vocabulaire, surtout hébraïque et araméen, puisque tel est son sujet. Mais du point de vue de la forme, il est important de noter que la terminologie quil utilise dans cette introduction pour exprimer les concepts linguistiques et différencier notamment le judezmo du ladino ou judéo-espagnol-calque, termes trop longtemps confondus dans la plupart des études parues sur le judéo-espagnol, est celle avec laquelle nous a familiarisés H.V. Sephiha dans ses travaux, que Bunis cite explicitement d’ailleurs.

En complément de cette étude, nous est fournie une bibliographie détaillée qui embrasse la période du XVIème au XXème siècle.

Cet ouvrage, remarquable dans sa méthode, et par l’érudition quil représente, concourt assurément à consolider la position du judezmo dans l’histoire, face aux langues majoritaires. Il nous rappelle, mais nul ne lignore4  quel conflit se produisit au moment où l’Alliance fonda des écoles destinées à répandre dans les communautés juives en particulier lusage du français en tant que langue de civilisation. Quel mépris commença alors à manifester l’élite à l’égard de ce “jargon” que l’on soupçonnait même d’être dépourvu de grammaire !
C’est le même mépris que lon retrouve dans la bouche du député sioniste Bessantchi lorsqu’il déclare, en décembre 1928 à la face des députés orthodoxes du parlement hellénique que le judéo-espagnol nest quun jargon qui devra, à Salonique, céder le pas au grec, symbole de l’assimilation à la culture des nouveaux maîtres. Quel est donc ce “jargon” dont la langue de base est celle d’ “Amadis de Gaule”5  ou du “Don Quichotte” et qui offre à celui qui la parle, en raison de la riche complexité de son vocabulaire, le plaisir de jongler avec les mots dont le choix, de par leur origine espagnole, hébraïque, araméenne, turque, grecque, et pourquoi pas italienne et française, apporte une subtile nuance au discours ? Cela, la longue introduction au lexique de D. Bunis est également là pour nous le rappeler. Aussi, à l’instar du yiddish qui possède déjà la sienne, le judéo-espagnol mériterait-il que lon en rédige et publie une grammaire systématique afin de compléter les efforts qui sont actuellement entrepris pour la survie de cette langue, efforts dont le lexique de David Bunis est un exemple réussi.

Bernard Pierron
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