Repertorio tradicional infantil sefardí de Susana Weich-Shahak

Livre en espagnol “Répertoire traditionnel sépharade pour les enfants”
 
2001 Compañía literaria S.L. Padilla 71, bajo D E 28006 Madrid Fax 34 91 401 53 52
cialitra@ran.es  ISBN 84-8213-067-6

Belle iconographie, avec très émouvantes photos extraites de collections privées, mais d’autres aussi, “en situation” prises par Susana, chantant ou expliquant un jeu.

 
Personne ne sera surpris de constater que Susana Weich-Shahak montre une impeccable suite dans les idées toujours liée à cette grande rigueur méthodologique qui la guide depuis toujours… Aucun de ses nombreux ouvrages ne déroge à cette règle !

Du point de vue de la méthode, Susana a recueilli depuis nombre de dizaines d’années (il serait inélégant d’exprimer ici un nombre tant Susana reste une femme jeune et enthousiaste !) des chants auprès d’informants - ici 94 personnes - (ce sont le plus souvent des femmes, tant il est vrai qu’il s’agit d’une culture orale, laquelle est classiquement transmise par les femmes, moins scolarisées, moins “formatées” par l’école unificatrice que les hommes).

Ce livre-ci est consacré aux chansonnettes, rengaines, comptines, rondes, berceuses, mais pas seulement, puisque des jeux sont pris en compte, et concerne le répertoire des enfants. Susana expose ici 128 chansons avec 170 variantes.

L’ouvrage est composé de trois parties : un travail méthodologique de Susana Weich-Shahak, une étude critique d’Ana Pelegrín et le corpus proprement dit, comportant un texte et souvent une partition musicale avec chaque fois le nom et la ville d’origine de l’informant(e). Cette présentation se retrouve dans tous les travaux de Susana.
Ana Pelegrín expose comment, chronologiquement depuis le premier âge - et depuis l’époque du Moyen-âge - le bébé est bercé, formé par des ritournelles :

Vivas, crezcas
Te engrandezcas i florezcas
 
que l’on retrouve presque partout. L’enfant apprend plus tard aussi à jouer à des jeux qui perdurent encore, fréquemment déjà pratiqués en Espagne avant l’exode ! (elle cite des auteurs du XVIe siècle !).1
 
Dans le corpus qui suit, chaque ritournelle ou chanson accompagnant un jeu est rapportée quant aux paroles, mais souvent aussi quant à la mélodie, recoupée de variantes, les informations habituelles et souvent, une photographie.2
 
Au passage, un chapitre d’invocation pour contrarier le mauvais sort, des prières, des bénédictions, des dictons etc, concernant autant les adultes que les enfants d’ailleurs.

Plus loin, des refrains d’enseignement et de transmission des valeurs juives.3
 
Le nombre et la minutie des tableaux récapitulatifs en fin d’ouvrage, la bibliographie, sont impressionnants. Et les détails sur les informants sont d’autant plus émouvants qu’il s’agit de générations âgées…
Le travail est prodigieux qui reste pourtant facile et fort agréable à lire.
                                
Jean Carasso

 

Notes
 
1 Plus loin nous apprenons par les Bivas de Salonique, les Cebi, les Handali, comment jouer à la morra… ce qui est très mal ! C’est un jeu d’argent qui ne nécessite rigoureusement aucun accessoire… et qui était pratiqué par des marins dans les ports. On y développe une rapidité d’esprit stupéfiante !

2 Lorsque par chance Susana figure sur une photo (page 82, avec Bienvenida Aguada que l’on avait entendue à Paris, et sa sœur), comment ne pas être frappé par sa beauté rayonnante ? Flora Bengio, de Tetouan (page 125)  est superbe elle aussi !
 
3 La Tora la Tora me se vaya a la hevra con el pan y el queso y el librico al pecho.
“Onde vas fijo del Dio ?”
“A meldar la ley de Dio”
 
Les informateurs, Bienvenida Manu ou Pepo Salem sont évidemment de Salonique… devinez pourquoi ?
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