Les juifs du soleil - Portraits de Sépharades de Belgique de Moïse Rahmani

 
2002 - Ed. Filipson Bruxelles. 231 pages.
 
Après “Rhodes, un pan de notre mémoire” et “Shalom Bwana, la saga des Juifs du Congo”, toujours avec la même sensibilité et la même application, Moïse Rahmani clôture par un chapitre d’histoire immédiate en nous donnant à travers ses “Portraits sépharades de Belgique”, celui de toute la communauté juive belge, si mal connue de nous malgré sa proximité.

Forte de 30 000 membres pour 10 millions d’habitants, elle tient le record de la générosité et de la solidarité par tête, tout en présentant l’exemple d’une intégration exemplaire dans sa patrie d’accueil.1
 
Par le transfert à Bruxelles de la majorité des Rodeslis précédemment émigrés au Congo, la Belgique porte aujourd’hui la mémoire des survivants de la communauté martyre de Rhodes, rejoignant des contingents d’immigrés turcs et grecs auxquels se joignirent des exilés d’Afrique du Nord surtout marocains. Comme ailleurs l’osmose se réalise rapidement entre Sépharades et Ashkénazes. Enfin le dynamisme culturel et économique que nous avions admiré chez les Rodeslis du Congo belge ne s’est pas démenti en Belgique où les nouveaux immigrés se manifestent avec bonheur à tous les niveaux de la société belge. La francisation culturelle des Juifs du Moyen-Orient par l’œuvre de l’Alliance Israélite Universelle y est pour quelque chose.
Nous avions presque oublié que la Belgique était une monarchie. Il faut donc s’habituer à l’anoblissement des élites de la communauté honorées à travers le baron professeur Georges Schneik, ou le baron Bloch, président du Consistoire.

La liberté de construction ne nuit pas à la rigueur de l’exposé, conduit avec le sérieux d’un journal de bord et le ton d’une histoire de famille. La période sombre frappe par la qualité des témoignages où la simplicité épargne à la tragédie tout pathos.2 Comme dans les autres œuvres de l’auteur, les confessions, émouvantes par leur sincérité et leur précision, sont précieuses pour les chercheurs. Les scènes de retour de déportation ne le cèdent ni en vérité, ni en émotion, aux souvenirs des camps. Confirmant ce qu’avaient déjà écrit Poliakof et Klarsfeld de l’attitude d’autorités consulaires ou militaires italiennes, Rahmani constate que le consulat italien à Bruxelles s’était acquitté dignement de la protection de ses juifs nationaux, pour beaucoup originaires du Dodécanèse.

Ce livre arrive à maintenir une atmosphère intime. À chaque page nous voyons apparaître des amis, parents, visages croisés par l’auteur, nous donnant l’impression sans doute fondée, que ces Juifs de Belgique, ashkénazes ou sépharades, sont une petite famille très peu dépaysée dans ce midi du Nord. 

Lionel Lévy
Notes
 
1 Elle est, depuis quelques décennies, très minoritairement sépharade (2000 personnes
environ) et francophone.
 
2 Quelques réserves toutefois quant aux formulations. À propos des mariages mixtes constatés selon les proportions françaises
- soit environ 50 % - l’auteur rapporte, sans les faire siens, les propos d’une fidèle qui parle d’une “Shoah dont nous sommes seuls responsables”. S’il vous plait, évitons de telles images, ou alors ne reprochons pas à d’autres la banalisation de l’indicible.

LL
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