La Megila de Saray de Eliezer Papo

En judéo-espagnol 1999. Chez l’auteur : rehov Haim Vital 35/12 Jérusalem.
Israël 243 pages, andaluz@pob.uji.ac.il  ISSN 053-827064

Merci à Yechiel Bar Chaïm, du JOINT à Paris, qui nous a offert ce livre dont nous n’avions pas connaissance.



L’auteur est originaire de Sarajevo (que les natifs entre eux appellent  “Saray”) et vit présentement à Jérusalem.

Matilde Koen-Sarano, dans sa présentation, nous informe que le livre est majoritairement constitué de dialogues proches de la vie quotidienne, dialogues rabbiniques avec pilpoul1 ajoute-t-elle. L’auteur tient à présenter ainsi les deux aspects d’une question et laisser le lecteur trancher. Les personnages, dit-elle, sont des prototypes, des “idées de personnages” et leurs discussions sont localisées à Saray mais pourraient se situer dans n’importe quelle communauté juive tant les thèmes abordés sont universels.

Voilà pourquoi l’auteur nous avertit qu’il se tient toujours près de l’Histoire mais que “toute ressemblance avec des personnes… etc”.

Il saute aux yeux dès le début de la lecture qu’Eliezer ne s’est pas soucié du “politiquement correct” en manière de graphisme, ni même de langue.
Il écrit comme il se souvient que sa grand-mère parlait, avec quelques caractéristiques du parler judéo-espagnol en Bosnie (dimandar pour demandar, fetcho comme à Salonique, mais kvanto lorsque Nehama écrit kwanto et que nous écrivons communément kuanto), nombre de mots turcs et de mots hébreux plus important que dans les parlers d’Istanbul ou Salonique. Quelle importance ? Mais il est vrai qu’Eliezer enseigne l’hébreu…

Les notes explicatives en bas de page sont nombreuses, que chacun est libre de consulter s’il n’a pas compris le sens du mot dans le texte.2

L’humour est partout. Les arrivants d’Espagne songent à fonder un kal ; fallait-il d’abord construire pour chercher ensuite un rabbin ? ou le contraire ? pour l’instant on prie dans une chambre chez un marchand. “Avia tambien otras opiniones, el numero de las kvalas por las razones dekonesidas, koinsidia kon el numero de los miembros de la Komunidad…3 (page 20).

Les siècles passent, la vie se poursuit, de même que les bavardages et discussions. Les dures vérités aussi : “Lorsque les Allemands entrèrent à Zagreb ils furent acceptés comme des libérateurs et n’eurent pas de mal à former un gouvernement collaborateur, fascisant.” (page 203) annexant la Bosnie-Herzégovine et Sarajevo.
 “Commerçants serbes et gitans appartenant à la race aryenne supérieure affichèrent fréquemment, dès les premiers jours, sur leurs boutiques, en croate Zidovima i psima zabranjeno. Vous n’avez pas deviné ? “Interdit aux juifs et aux chiens”

Non, Eliezer Papo n’est décidément pas “politiquement correct”… mais son bon livre est riche de substance !

Jean Carasso




Notes
 
1  Nous pourrions exprimer : “casuistique rabbinique” NDLR

2 Il est évident que ce livre est destiné à alimenter, illustrer un enseignement non
seulement de la langue, mais des habitudes de vie de nos Communautés ! NDLR

3 D’autres opinions étaient aussi exprimées, dont le nombre, pour des raisons inconnues, coïncidait avec le nombre des personnes de la Communauté.
Comments