The Tale of a Name - Bension Varon

En anglais. 2000 
L’histoire d’un nom (et de ses variantes), au fil du temps et des lieux, une monographie. Fairfax Virginia USA
128 pages. Fax 1301 703 573 70 45 - benvaron@aol.com

Décidément, les livres de généalogie sont de plus en plus intéressants… pour les non-généalogistes, et nombreux sont ceux qui s’en réjouissent !

Ainsi avions nous analysé en 1997 (LS 22 page 14) l’essai d’Anne-Marie Rychner-Faraggi sur les familles Mallah, comportant des arbres très bien présentés, une vraie reconstitution de lignées bien définies, mais aussi des photos et des commentaires, une bonne description du cadre historico-géographique.

Depuis des années, Anne-Marie et Mario Modiano collaboraient, suivaient des chemins parallèles, échangeaient des information, et ce dernier a offert en fin de l’an 2000 (LS 36, pages 7 et 8) une superbe Genealogical story of the Modiano family qui lui a demandé bien des années de recherches. Et maintenant que le livre a été répandu, de nombreux renseignements complémentaires lui arrivent de partout!

Mario vit en Grèce et, à l’autre bout du monde, sans le connaître, Bension Varon travaillait depuis des années, lui aussi, sur son patronyme et sa lignée.1 Cela nous vaut, quasi simultanément un second bon livre, non sans analogies avec le précédent. On est confondu, ici aussi, par la quantité de renseignements patiemment recueillis auprès de 220 porteurs du nom ou apparentés.

L’approche de Bension est éminemment sympathique : ayant travaillé la moitié de sa vie aux Nations-Unies et à la Banque Mondiale, il expose qu’il ne connait pas les frontières arbitraires, et n’accepte pas la notion d’appartenance définie étroitement. Ainsi en est-il des Varon : ceux qui se sont intéressés à ses recherches sont “les siens”, et il en a rencontré personnellement une bonne vingtaine et correspondu avec des dizaines d’autres qui ont autant aidé. Mieux, sont los muestros ceux qui partagent son intérêt pour le restant de l’humanité…

Il commence par inventorier des lieux, en Espagne, en Savoie - photos à l’appui - qui portent ce nom, puis constate qu’en espagnol le mot signifie “mâle”, “de sexe masculin”, avec une connotation positive : “brave” ce qui flatte les porteurs, ajoute-t-il, malicieux.

Bension recense les Varon (ou assimilés, fréquemment Baron) qu’il a pu repérer à travers le temps et l’espace depuis un millier d’années en notant de nombreux rameaux catholiques, puis il esquisse quelques monographies représentatives.

Il étudie plus spécialement les Varon d’Espagne avant l’expulsion, qu’on ne trouve que dans le nord, catholiques par la suite et que l’on repère alors en Andalousie, puis ceux de France.

A juste titre et sans surprise, l’étude est plus fouillée concernant l’Empire ottoman avant et depuis sa disparition au profit de la Turquie moderne, géographiquement plus réduite, et les ré-émigrations depuis là vers l’Europe occidentale et ailleurs. Il divise son étude en trois chapitres : les noms recensés dans des documents, ceux lisibles sur des tombes, et les tableaux des morts dans la Choah. L’analyse historique est très fine et si la présence d’un premier Varon est signalée en 1547 à Belgrade, puis bientôt ailleurs, l’auteur ne s’octroie pas la liberté de les relier artbitrairement : il constate ! La ré-émigration ayant commencé en fin de XIXe siècle, il ne reste que 25 familles Varon en Turquie actuelle, et peu en Grèce, Bulgarie, Serbie etc.

Un gros noyau se distingue à Çanakkale, qui intéresse l’auteur puisque ses père et mère en étaient originaires… et de là il arrive à suivre trois “clans”, expliquant au passage le système des capitulations (protections) mis en place dans les années 1530 entre autres au bénéfice de Français dès 1536, sous François Ier, grand allié de Suleyman le Magnifique.

Bension ne manque pas d’étudier des contrats de mariage portant le nom de Varon, jusqu’au début du XXe siècle, et mentionne aussi le récent recensement des tombes dans des cimetières d’Istanbul par l’universitaire israélienne Minna Rozen et ses étudiants. Il dénombre et situe les tombes des Varon.

Leur migration n’avait pas commencé qu’en fin de XIXe siècle, puisque le nom est documenté en Palestine en 1695, à Mexico dès 1630, en Pérou et Colombie quelques décades plus tard. Mais la grande masse - 600 familles - vit maintenant en Colombie - pour la plupart catholiques, aux USA, - 350 familles - de nombreux venant des Dardanelles, comme il est dit plus haut. Mais les changements de noms ont sévi… et suivre les Varon à la trace est ardu !

Dans sa conclusion, Bension montre les limites de sa recherche : il n’a guère pu établir de lignées familiales, mais plutôt une étude historique, d’autant que les 2/3 des porteurs du nom sont maintenant chrétiens ! Il conclut qu’il s’agit plutôt d’un nom générique que de lignées familiales. Revenant sur l’origine, il élimine la géographique, mais ne formule pas explicitement, ce qui est curieux, l’exploitation d’un sobriquet devenu par la suite patronyme.

L’auteur en prend son parti et conclut à la dernière page : … “être rattachés par une [commune] histoire est bien plus excitant que de l’être par les seuls liens de sang. Les premiers constituent aussi une famille… et beaucoup plus étendue. Les recherches généalogiques, même abouties, ont vocation à se retrouver dans un coffre ou inscrites sur un arbre. Au contraire, les recherches de liens historiques ouvrent d’innombrables portes et de merveilleuses possibilités. Pour ces raisons, et pour moi du moins, cette histoire ne comporte ni limites spatiales ni fin.”

Pouvons nous conclure que Bension Varon s’est distrait durant des années, a étudié et rapporté l’histoire des juifs d’Espagne, car l’histoire des Varon s’inscrit dans celle-là, avec une extrême attention et une impeccable exactitude, rare dans ce type d’ouvrage ? Ses trois pages de bibliographie bien répartie2 en témoignent.

Jean Carasso

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