Naguila, chants mystiques séfarades - André Taïeb

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Comme aurait dû le confirmer récemment la tournée programmée d’Enrico Macias en Algérie, dès qu’il est question de musique profane ou religieuse hispano-arabe, le nom du Cheikh Raymond, de Constantine, (“tonton Raymond” pour d’autres), revient sans cesse.

L’aura de cet homme - assassiné à Constantine le 22 juin 1961 par le fanatisme -  est telle encore maintenant que nombre de musiciens et artistes-interprètes - Enrico Macias entre autres qui fut l’un de ses très proches, son gendre d’ailleurs - se réfèrent à lui avec un respect et une admiration sans bornes.

Il en va ainsi pour le présent disque de musique religieuse où le nom de Cheikh Raymond revient avec déférence, qui fut aussi le maître d’André Taïeb, actuellement chantre à la synagogue de Montpellier.
Pierre-Luc Ben Soussan, le coordinateur de ce travail, directeur artistique du groupe Naguila, tient ici les percussions.

La première plage fait partie du répertoire classique judéo-arabe constantinois. C’est un piyyout où se répondent en écho la voix et l’instrument - oud ou violon - de façon harmonieuse et gaie.

La seconde, c’est l’accueil du Shabbat comparé à la fiancée, par l’ensemble instrumental au complet. Le refrain est un classique repris et fréquemment chanté hors la synagogue.


La quatrième par exemple, chantée en duo sur un mode constantinois, composée par Abraham Ibn Ezra (1092-1167) est reprise en seconde partie en arabe sans rupture.

La cinquième plage, est un taksim de violon seul, très proche de la voix humaine.

La sixième est une chanson de mariage originaire du Machrek dont il existe une version en arabe. Bel ensemble d’accompagnement, bien travaillé, bien fondu avec une percussion rigoureuse mais discrète.
La septième - cantique de la Mer Rouge - (La Chira) comporte un bel exercice de flûte solo en introduction, chantée ensuite a capella.

La huitième est un chant classique d’Istanbul 
- Uskudar - ici instrumental seul.
La neuvième est plus andalouse que maghrébine dans l’accompagnement et proche du flamenco dans la partie chantée, très gaie, pour  la présentation de la Torah.

La onzième (Lakhem) chantée lors des fêtes de Souccot ou Shavouot, ici superbement interprétée a capella. Il n’est pas donné à tout le monde de la réussir ainsi !

Au total un disque très édifiant, très réussi dans l’équilibre chants/instruments, très élégant au montage dans une succession bien étudiée des interprétations.

Comment faire mieux ouïr, percevoir, la proximité, l’interpénétration des cultures musicales juive, andalouse, arabe ?

Bravo, merci au groupe Naguila.

Jean Carasso

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