Itinéraires exemplaires : Ladino Reveries - Hank Halio


Tales of the Sephardic Experience in America. –Anecdotes d’une expérience sépharade 
en Amérique– En anglais et judéo-espagnol 1996.
The foundation for the Advancement of Sephardic Studies and Culture  P.O.Box 090-272, Brooklyn  NY 11209 USA
253 pages.

Cette institution continuant à nous ignorer bien que recevant notre publication depuis des années, c’est notre lectrice Rita Arditti, de Cambridge, Massachusets qui nous a offert ce livre. Merci Rita !


Sous cette rubrique nous continuons à publier des réflexions, des souvenirs, des itinéraires, des points de vue qui, pour être personnels et signés, n’en présentent pas moins un intérêt général, et en deviennent exemplaires de notre civilisation judéo-espagnole, du vécu de bien d’entre nous. 
Dans ce numéro nous avons regroupé diverses monographies qui répondent bien à l’esprit de la rubrique.


Comment préserver l'héritage sépharade ? Telle est la question que dans nos sociétés se posent et cherchent à résoudre nombre de Juifs qui sont conscients de l'importance d'une culture qui a été celle de leurs ancêtres depuis tant de siècles et dont la génération née dans les années vingt est encore profondément imprégnée. 

Les publications de recherches, d'études et de revues semblent constituer l'une des réponses que l'on peut apporter à ce problème qui pourrait être angoissant s'il ne mobilisait actuellement de plus en plus de bonnes volontés aussi bien dans nos pays européens qu'en Turquie ou en Amérique. 

Parmi ces hommes qui gardent une foi inconditionnelle dans ce qui constitue une partie de leur être, même s'ils ont parfaitement assimilé la culture de la société dans laquelle ils vivent et dont ils se considèrent membre à part entière, Hank Halio a choisi de faire partager aux jeunes générations américaines issues d'immigrés d'origine ottomane pour beaucoup, cet amour de la tradition judéo-espagnole qu'avaient su si bien entretenir en lui ses parents, et du djudezmo pour lequel d'ailleurs aux États-Unis aussi se produit un regain certain d'intérêt. Il a choisi dans ce dessein de regrouper divers articles qu'il avait précédemment publiés dans des revues juives, en un volume qui nous présente, un peu pêle-mêle, des anecdotes, des souvenirs souvent émouvants sur l'adaptation des immigrants turcs en terre américaine au début de ce siècle, mais aussi des proverbes, des konsejas, des conseils linguistiques. 

L'amour qu'il porte à ses parents immigrants turcs, Yosef (Joe) et Sultana (Susie), transparaît dans nombre de récits : il suffit de citer celui où sa mère, cette femme courageuse qui apprit l'anglais tant bien que mal, se soumet à un interrogatoire conventionnel au terme duquel le juge (judge devient george dans la bouche de Sultana) la teste afin de lui accorder la citoyenneté américaine. Elle répond sans erreur, avec son accent caractéristique, à toutes les questions purement civiques, mais son cœur se brise lorsque le représentant de la loi lui demande : “Si les États-Unis entraient en guerre contre la Turquie feriez-vous tout ce qui est en votre pouvoir pour leur venir en aide ?” Réponse : “Pourquoi pas ?” - Le juge : “Répondez oui ou non.” Maman (prête à s'évanouir) : “Oui, george.”

Cette petite anecdote et bien d'autres illustrent le courage que nécessite le déracinement de l'émigration, le passage d'un monde dans un autre totalement différent, souvent hostile. Mais Hank Helio est là pour attester du succès de cette entreprise puisque, tout à fait conscient de son appartenance à la nation américaine, il conserve précieusement, non sans quelque nostalgie, l'attachement légué par ses parents à la culture judéo-espagnole et à la Turquie de ses ancêtres. 
Ce joli livre, qui manque bien sûr d'homogénéité en raison de son mode de composition, possède cependant un fil directeur : c'est la présence de nombreuses historiettes souvent savoureuses dont le héros est le célèbre Djoha et qui sont données en version bilingue, judéo-espagnol/anglais. L'ouvrage qui se conclut sur un lexique est d'une lecture aisée et agréable.

Bernard Pierron

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