Un déporté brise son silence* Parsifal ou l’espérance** - Robert Francès

* 1997. L’Harmattan.  158 pages.
** 1998. L’Harmattan. 159 pages.

Dans un premier livre publié en 1987 - et qui obtint cette année-là le prix de la WIZO - republié en 1997 sous le titre “Un déporté brise son silence” - Robert Francès racontait sa déportation depuis Paris en octobre 1943 pour faits de résistance FTP, son vécu à Auschwitz, sa “marche de la mort” à l’évacuation du camp, cette dernière avec une courageuse crudité.

Il s’en tira, hasard et bon sens, volonté de vivre, et fut vite confronté à l’incrédulité des interlocuteurs en France, à l’instant même de son retour, à commencer par celle de sa propre sœur, alors que leur mère (professeur de français en Turquie dans une école de l’Alliance avant son émigration en France dès le début de son veuvage) avait été assassinée dès son arrivée au camp. Celui qui aura lu ce témoignage ne se posera plus la question : “Pourquoi les déportés revenus n’ont-ils pas parlé ?”


Le livre progresse en une double série de récits étroitement mêlés : le vécu contemporain, daté de 1959 par exemple et, en constant contrepoint /1944, le vécu du camp. C’est, entre autres qualités, ce qui en fait une œuvre littéraire.

L’auteur fait allusion au passé de ses ancêtres :  en France jusqu’au XIIIème siècle, puis en Espagne jusqu’au XVIème, puis en Turquie.

Dans le second livre, Robert Francès trace, avec beaucoup de subtilité, de sensibilité, les étapes de son retour à la vie, malgré bien des échecs qu’il lui a fallu surmonter, et dont il ne dissimule rien.


La relation affective avec diverses compagnes, les échecs sur ce plan dus à des causes multiples, mais aussi à son impréparation au bonheur, à la sérénité, n’y furent pas pour rien !

Le livre s’appelle “Parsifal” et il est évident que pour l’auteur, la musique - dont il s’est d’ailleurs fait, à un haut niveau, une spécialité, outre la psychologie - est une des composantes principales de sa survie. Difficile, aléatoire survie. Qu’il l’avoue ou non, que l’entourage accepte d’entendre ou non, un déporté ayant survécu à un camp d’extermination n’est jamais un individu comme un autre.


Jean Carasso

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