Die Sephardim in Bosnien - (en allemand) Moritz Levy

Première édition en allemand à Sarajevo chez Daniel Kajon,  à 250 exemplaires en 1911. Présente édition par Wieser Verlag à Klagenfurt en Autriche,  avec modernisation de l’orthographe,  posface et note sur l’auteur. Intéressante iconographie photographique d’un monde disparu, index.

Ce livre nous a été offert par Christof Jung,  un lecteur libraire de Mayence, en Allemagne.  Pour en faciliter notre commentaire un autre lecteur, Albert Modiano de Lausanne,  a bien voulu procéder à une traduction quasi complète en français.  C’est aussi cela la chaîne de solidarité autour de la “Lettre Sépharade”...


Deux cent cinquante exemplaires en 1911, devenus rarissimes. Une traduction en serbo-croate parue dans un magazine entre 1919 et 1924, on comprend la volonté aboutie du Dr Kemal Bakarsic1 de Sarajevo d’une réédition de cet intéressant livre ayant fait appel à des archives maintenant détruites.

Nous apprenons d’abord que l’auteur, rabbin Moritz Lévy, né à Sarajevo en 1879, était une grande figure, formée à Vienne en philosophie, en philologie, en religion, grâce à une bourse gouvernementale et qui a laissé le souvenir d’un homme de culture ayant publié dans plusieurs domaines. Il parlait serbo-croate, allemand, espagnol, anglais et français. De 1917 à 1941 il fut Grand Rabbin, tout en enseignant au gymnasium de Sarajevo.

Le 3 mai 1941 le gouvernement de fait de “l’Etat indépendant de Croatie” le démit de ses fonctions, et il fut déporté sans retour dès l’entrée des Allemands dans sa ville.

Les deux sources principales de son travail, telles qu’il les expose dans sa préface, furent les livres de comptes et factures de la Commun-
auté, et les protocoles de justice qui, telles les archives de notaires dans nos pays occidentaux, éclairent bien la vie quotidienne des populations concernées.


Ces livres de comptes, qui contenaient bien d’autres informations intéressantes étaient rédigés en judéo-espagnol et caractères rachi. Certaines phrases et chapitres l’étaient en hébreu2.

Les documents les plus anciens concernant la présence de juifs ibériques à Sarajevo datent de 1565, s’agissant de 10 à 15 familles, mais on pense que quelques familles s’y étaient installées des dizaines d’années auparavant. Ces personnes venaient de Salonique et Constantinople.

Pour la période suivante, l’auteur a pu consulter des correspondances de rabbins, et d’ailleurs, après 1720, les archives utilisées sont plus nombreuses et permettent l’établissement d’une liste de noms, parmi lesquels la moitié environ avaient disparu au début du XXème siècle3.

En 1779 vivaient un peu plus de mille Juifs à Sarajevo, devenus 5000 au début du XXème siècle.

Moritz Lévy étudie les habitudes de cette communauté, décrit le quartier juif construit en 1581 (mais détruit en 1697, rebâti malgré les difficultés administratives, etc.) et le type d’habitat, les synagogues, les vêtements portés, la gestion communautaire, la scolarisation (des garçons...) et explique que la situation des Juifs en divers lieux de l’Empire ottoman n’était pas nécessairement semblable, à cause de la gestion très décentralisée de cet empire, et de la personnalité de chaque vali (gouverneur).

Venise et Belgrade entretenaient des rapports commerciaux constants avec Sarajevo.

Pour avoir été écrite au tout début du présent siècle, l’étude de Moritz Lévy est étonnamment moderne, c’est un travail d’universitaire comme on l’entend maintenant.

 Jean Carasso grâce à Albert Modiano
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