Les Sépharades à Savannah - reportage de Brigitte Sion

Congrégation Miqvé Israël, 20E Gordon str. Savannah GA 31401. USA.

Sur les 42 Juifs qui débarquent à Savannah, en Géorgie, le 11 juillet 1733, 36 sont d’origine portugaise. Fuyant l’Inquisition, ils s’étaient d’abord réfugiés en Angleterre avant de partir pour l’Amérique en quête d’une vie meilleure. Dans leur pauvres bagages, un Sefer Thora, un nécessaire à circoncision et autres menus objets de culte qui sont présentés au visiteur d’aujourd’hui.

Ils fondent aussitôt la communauté Mikve Israël et construisent une synagogue en 1735, bientôt suivie d’un cimetière et d’un bain rituel.


Malgré ce développement rapide, la troisième communauté juive la plus ancienne des Etats-Unis (après New-York et Newport) est menacée de schisme entre Sépharades et Achkénazes venus par la suite. Avec l’arrivée de 3000 soldats espagnols en 1742, les Sépharades choisissent de partir, craignant de finir sur le bûcher pour apostasie. Certains reviendront, mais Mikve Israël deviendra majoritairement achkénaze.

La communauté d’aujourd’hui, d’obédience libérale, si fière de ses origines ibériques, compte plusieurs centaines de membres actifs et assez jeunes. 
Elle prospère dans une charmante ruelle très fleurie et agrémentée de palmiers. On s’en réjouit, mais que reste-t-il de sépharade dans tout cela ? Pas grand-chose à vrai dire : le rite portugais a été abandonné en 1895 au profit d’une liturgie américaine standard. La nouvelle synagogue, bâtie en 1878, est de style néo-gothique. Il reste bien quelques noms “de chez nous” sur des plaques commémoratives - Samuel Nunes Ribeiro, Jacob de la Motta, Isaac Mendes - mais ils appartiennent au passé. Seul vestige vivant du Séphardisme : la mélodie El nora alila chantée à Yom Kippour...
Brigitte Sion
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