Mémoire d'avant : 1492, Isabelle de Castille et l’expulsion des Juifs



       Don Isaac Abravanel s
adressait en 1492 aux souverains catholiques, nous rappelions en quel termes prophétiques dans le n° 12 de la “Lettre Sépharade”. Dans la présente livraison lhistorienne Béatrice Leroy1 s’adresse, elle, à quelques uns de ses collègues doutre-Pyrénées.


Alors que les derniers mois de 1994 ont vu se réunir à Paris les universitaires à propos du 6ème centenaire de lexpulsion des Juifs de France, les diatribes courent toujours sur lannée 1492 en Espagne et lexpulsion des Juifs qui devinrent “nos”pharades en quittant le sol ibérique. Les colloques continuent à se tenir, les écrits fleurissent, et cest le point le plus positif de ces commémorations ; il est important den parler, d’échanger des idées, de rédiger ou de corriger des paragraphes mûrement réfléchis et den provoquer de nouveaux.

Les Espagnols ont su, par la voix et le geste de leur roi Juan Carlos, demander pardon pour cet exil. Mais un certain clan duniversitaires ou de personnalités diverses ne désarme pas. A les lire, à les entendre, l’Espagne naurait rien perdu à expulser ses Juifs en 1492 ; ces derniers ne seraient pas partis pour autant et, “conversos” auraient continué dans le plus grand calme leurs occupations traditionnelles.



Si l’
Espagne connut une crise à la fin du XVIème siècle, ce serait à cause de la découverte des Amériques.

Prenez garde à un certain révisionnisme, et réfléchissez tout de même sur les réalités de lInquisition des décennies 1480-1530 et sur le peuplement essentiellement “espagnol-portugais” des juiveries d’Amsterdam ou de Bayonne, sans parler de Salonique qui se peupla de Juifs espagnols dès 1492, avant de recueillir en un lent flot continu tous ceux qui voulurent “quand même” échapper aux tribunaux de la “Suprême”. Nous souffrons assez en France des pseudo-historiens qui veulent masquer ou minimiser l’époque de la Choah ; vous avez mieux à faire chez vous que de verser peu à peu dans ce genre de philoso-phie ; l’Histoire est là, avec sa documentation ; cest à elle de parler.

Quant à la reine Isabelle la Catholique de Castille, est-il bien nécessaire maintenant de vouloir la canoniser alors que lEglise dEspagne ne le chercha guère aux XVIème-XVIIIème siècles ? Ce fut une remarquable souveraine, comme le fut également son époux Ferdinand dAragon. Le couple royal, avec de grands ministres (Mendoza, Cisnero, dautres) sut rassembler les territoires et les sociétés de ces deux royaumes réunis pour en faire un état moderne. 



       En 1492, un état moderne était assis sur une Eglise unie, une seule religion officielle, donc une pensée politique et une pensée nationale également unies et officielles. Il n
en était pas ainsi au XIIIème siècle, il nen sera plus ainsi plus tard, mais telle est la réalité de 1492. Les Juifs et les derniers Musulmans conquis en 1492 ou vivant en minorités depuis la Reconquista dans les royaumes étaient alors déviants, il fallait les expulser ; et les convertis l’étaient sans doute encore plus, il fallait les traduire en justice. Est-ce là une œuvre méritant une canonisation ? Cest la très logique attitude dun chef d’état en 1492, et cette constatation suffit seule à laisser la reine Isabelle reposer en paix, loin des querelles politiciennes.

Béatrice Leroy







Aki Yerushalayim est lunique revue au monde intégralement rédigée en judéo-espagnol. Pensez à vous y abonner : 25$ l’an.
B.P. 8175 Jérusalem 91080 Israël   

Comments