Avram Benaroya, un journaliste juif oublié suivi de ses mémoires - Rifat N. Bali

2004, Les Cahiers du Bosphore, Éditions Isis
Istanbul
isis@turk. net
86 pages
Isbn 975 428 135 8

Rifat N. Bali est un chercheur confirmé avec une ample bibliographie sur les Juifs de Turquie et grâce aux éditions Isis il vient nous aider à (re)-connaître un journaliste de grand talent : Avram Benaroya.

Né en 1888 à Edirne il a le parcours, maintenant bien connu, des élites juives de Turquie : école primaire de l’Alliance Israélite Universelle puis l’École Normale Israélite Orientale de Paris et ensuite la carrière d‘enseignant à Hasköy d‘abord puis au lycée d’État de Damas. En 1911 il démissionne et commence une carrière de journaliste même s’il continue à enseigner le français au Lycée Galatasaray et la sténographie à l’École des Hautes Études Commerciales. A 29 ans il écrit un manuel de sténographie adopté par le Ministère de l’Instruction Publique et dès 1925 voilà notre journaliste chargé d‘établir un programme de cette discipline pour toute l’Anatolie et en premier lieu pour l’École de Commerce d’Ankara. Bientôt, en 1928 il est chargé d‘un cours de sténographie pour L‘Assemblée Nationale Turque qui poursuit le programme de remplacement de l’alphabet arabe par l’alphabet latin. On ne peut pas trouver de meilleur soutien que Benaroya pour la jeune République Turque. 




D‘ailleurs il écrit des articles en faveur de M Kemal dès 1909-1915 dans le “Jeune Turc”. Il collabore à de nombreux journaux turcs ou en langue française et particulier au “Journal d’Orient” publié par un coreligionnaire Albert Karasu. En 1948 il fonde “l’Étoile du Levant” en devient l’éditeur en chef et y travaille jusqu’à sa mort en 1955. “L’Étoile du Levant” est un hebdomadaire qui parait le samedi et se présente comme un hebdomadaire politique indépendant… Voici sa mission selon son propre éditeur : … “il s’est donné plutôt pour objectif d’une part de renseigner ses lecteurs sur ce qui se passe dans la Diaspora, de les mettre au courant des grands problèmes du judaïsme mondial par des écrits documentés et puisés aux meilleures sources et d‘autre part de donner au monde extérieur une image plus ou moins exacte de la vie juive en Turquie…” En fait le tirage était très limité 1500-2000 exemplaires mais quelle force puisqu’il s’adressait en français à toute la classe dirigeante de l’époque et aux dirigeants les plus éclairés de la communauté juive tous francophones… C’était la grande époque de la lingua franca
En 1970 les deux derniers journaux en langue française “l’Étoile du Levant” et le “Journal d’Orient” cessaient de paraître.

Le livre est complété par une belle biographie de son neveu Victor Benaroya qui nous éclaire beaucoup sur sa personnalité et des extraits de ses souvenirs qui enchanteront nos lecteurs originaires de cette région car ils sont à la fois le reflet d’une époque mais aussi la vision d‘un personnage qui ne manque pas d ‘humour et d’esprit. 

Je citerai en particulier l’anecdote de son procès en 1956 à propos d’un article “Le judaïsme turc et le monde sépharade” : il est accusé alors de propagande politique(sic). Après un passage devant plusieurs cours de justice c’est l’acquittement et notre journaliste de conclure que… ce sont les risques du métier…

Bien documenté cette opuscule est d’une lecture agréable et facile et contient une foule de détails précis et précieux sur la Turquie et ses juifs. 

Charles Leselbaum
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