Alexandrie, mémoires mélées - Joseph et David Nahmias

2004, l'Harmattan, 199 pages
ISBN 2 7475 5951 3

Dans ce livre sympathique, David Nahmias donne la parole à son père Joseph, né à Alexandrie en 1914 et émigré en France en 1957. Cette ville que Lawrence Durrell a contribué à mythifier garde toute sa magie sous la plume des Nahmias père et fils. Chacune des femmes (y compris la “connaissance” du Roi Farouk que croise l'auteur au Mayfair Inn) évoque Justine, l'héroïne du Quatuor : belle, mystérieuse, inaccessible…

Pour en revenir aux nôtres, la nostalgie qui émane de ce récit m'a rappelé un excellent ouvrage d'un Juif égyptien devenu américain, André Aciman, qui livre dans “Adieu Alexandrie”1  un désopilant récit de ses deux grands-mères, installées de part et d’autre de l’avenue de France, et rivalisant de chic et d'influence auprès du petit garçon qu’il était.

Les souvenirs de Joseph, imprimés en italique, constituent la trame de ce livre. David a en quelque sorte mis en musique les textes de son père, écrits dans un français très littéraire. Il les a complétés de quelques images personnelles, forcément enfantines, puisqu’il n’avait que 7 ans quand Nasser a expulsé sa famille. Sur l'arrivée à Vichy, et les recherches d’emploi de Joseph à Paris, il reste d'une grande pudeur, mais la douleur de l'enfant transparaît à chaque ligne : le temps d’un hiver, son père, ce héros au sourire ensoleillé, est devenu une silhouette emmitouflée au regard inquiet.

Joseph Nahmias, “sujet local” comme on disait alors, parle français et arabe, comprend l'italien et l'anglais mais - à la différence d'Aciman - ignore le judéo-espagnol. Après avoir fait ses études au collège Saint-Marc, il est devenu, comme la plupart des Juifs d’égypte, placier pour le compte d’entreprises étrangères. Jusqu’à l'indépendance, Alexandrie exportait du coton… et importait absolument tout le reste. Y compris les pilules du Docteur Ross, ce qui nous vaut une anecdote amusante : un représentant faisait croire aux populations des villages avoisinants qu’il était le Docteur Ross en personne, venu tout exprès d’Amérique pour soulager leurs maux par ses pilules miracles.
Les anciens d’égypte reconnaîtront dans cet ouvrage tendre et émouvant des lieux, des magasins, des jeux, toute une manière de vivre aujourd’hui révolue. On conçoit sans peine ce qu’ont ressenti les Nahmias et tant d’autres quand ils se sont retrouvés à Bobigny après Alexandrie.


 Brigitte Peskine

Je voudrais ajouter quelques lignes sur un livre qui m'est parvenu par hasard et qui ne concerne les Sépharades que marginalement mais qui m'a touchée (voir ici)

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