Mon univers franco-judéo-hispano-arabe - Henriette Azen

2000 chez l’auteure,
5 Av. du Général Leclerc 94200 Ivry-sur-Seine 
114 pages.

Si ce n’est pas là un livre d’ethnologie, cela y ressemble bien à certains égards ! Il serait d’ailleurs plus juste d’exprimer que c’est un livre de matière première brute pour ethnologue, une vraie curiosité.

Henriette commence par rappeler l’historique de ses recherches, son acharnement à noter tous les détails, les proverbes, les berceuses, les chansons, les tranches de vie qui lui reviennent de son enfance oranaise.

Nous l’avons déjà noté dans la LS, la richesse de sa mémoire tient à ses propres efforts, mais aussi à la variété de ses origines : un père judéo-arabe, et une mère judéo-hispanophone, Reine Bibas, fière de ses 17 générations d’ascendants dayanim (juges au tribunal rabbinique).

A dix neuf ans, institutrice, Henriette épousa son Azen de mari, de mêmes origines qu’elle : leurs pères s’entretenaient entre eux en judéo-arabe, et leurs mères en judéo-espagnol.



    Joeph Azen - heureusement titulaire d’un emploi à la SNCF -  et son épouse Henriette eurent à fuir l’Algérie en 1962 et, comme pour tous les autres, la réinstallation fut difficile.

Et cahin-caha, en français et en judéo-espagnol tétouanais alternativement, parfois en arabe, Henriette raconte les ancêtres qu’elle a connus, ce qu’elle a pu reconstituer de leur vie, l’atmosphère qui régnait dans leur milieu, etc.

Son récit est constitué de séquences écrites à des dates très diverses, et qu’elle a rassemblées ici, offrant souvent les équivalents arabes des nombreux proverbes qu’elle cite - tant les cultures, au Maghreb, étaient proches ! - de recettes de cuisine (lisez la fabrication du pain du Chabbat, en page 35 et sqq), d’aspects de la vie quotidienne (qui ne s’amuserait de sa description de scènes vécues au hammam, pages 96  à 101 ?). Le chapitre des “remèdes de bonne femme” est édifiant, surprenant, lorsque Henriette nous dit s’y tenir encore autant qu’elle le peut, ayant ainsi élevé ses enfants.


    Maintes occasions nous sont offertes de comparer le judéo-espagnol tétouanais et le balkanique, avec similitudes et différences. L’auteure en analyse elle-même certaines, puis cite nombre de proverbes communs à ces deux branches de la même culture. Nous en rapportons un ci-contre (de sa page 91).

Henriette Azen nous promet de raconter, de raconter encore. Qu’elle nous vive 120 ans en bonne santé… et poursuive son œuvre !

Jean Carasso

Comments