Revues : Le quartier Campbell

le 29 juin 1931. Voici maintenant l’histoire de ce quartier de Salonique.

L’histoire du quartier dit “Campbell” n’est pas facile à reconstituer faute d’archives et de documents originaux, mais également à cause du discrédit qui plane sur de tels quartiers déshérités. Le présent article se fonde sur des éléments pour beaucoup inédits, fournis surtout par Rena Molho1 et les Archives centrales du Peuple Juif à Jérusalem.
L’histoire de ce quartier illustre la situation délicate créée par une nouvelle répartition ethnique à l’intérieur de la ville et par les conflits dus à la coexistence de groupes vivant dans des conditions misérables.

La création de ce quartier découla de l’incendie du centre ville en août 1917, qui affecta 52000 juifs sur 72000 sans-abri, ce qui entraîna un exode massif de juifs sinistrés vers des campements en banlieue.2
A partir de 1923 et l’échange de populations avec l’Asie Mineure, d’autres quartiers furent aménagés pour accueillir les réfugiés.

Campbell fut le dernier quartier juif de la série et celui qui connut la plus longue existence. Il doit son nom à Robert Campbell, d’origine anglaise, né à Constantinople et qui, après le départ des armées alliées, fonda une entreprise de mécanique automobile dans l’ancien camp britannique, fait de baraquements standard desservis par le réseau d’eau.

En 1926, la démolition des baraquements du quartier Aktsé Metzit en conformité avec le plan d’urbanisme du centre ville jeta à la rue d’autres juifs pauvres. C’est en 1927 que la Communauté israélite racheta à Campbell les installations pour y établir un nouveau quartier, et elle obtint également l’expropriation de propriétés voisines.

  
L’accord initial impliquait la création d’un quartier modèle pour classes moyennes. Mais finalement la Communauté, pressée par la nécessité, y transféra 210 familles indigentes, rajoutant ainsi un nouveau quartier populaire parmi les plus pauvres à la périphérie de la ville. Les locaux subsistants furent équipés et divisés intérieurement en “appartements” et on construisit dans l’urgence de nouveaux bâtiments.

En 1931, d’après le recensement de la Communauté, suite à l’incendie criminel du quartier, il comprenant 204 familles -  en tout 788 habitants, gagne-petit, chômeurs, veuves. Il existait une synagogue couverte en tôle, une pharmacie communautaire, une école et des boutiques : café, bazar, boulangerie. L’incendie allumé par des membres de l’εεε3 révéla la gravité des tensions entre indigènes et réfugiés chrétiens et juifs, tensions qui couvaient depuis 1920 dans une ville où la majeure partie de la population vivait dans des conditions d’extrême précarité. En cette même année 1931, une Commission tripartite4 décida de l’indemnisation des sinistrés. La liste des familles fournit des données intéressantes sur la micro-société du quartier, de condition bien modestes dans l’ensemble : portefaix et marchands ambulants, chômeurs, cordonniers, coiffeurs, etc. nombre de veuves, certaines avec 4 ou 6 personnes à charge.   
Les habitants ne souhaitaient guère rester dans le quartier, un accord oral fut légalisé en 1932 et signé définitivement en 1939 entre la Communauté et l’Administration de la Macédoine pour le rachat du quartier par la ville. Les sinistrés furent relogés provisoirement dans des écoles et d’autres quartiers tandis que 10000 juifs émigraient en Palestine. Le quartier prit en 1933 le nom d’ “Amiral Votsis”.
Au fil des ans, de nouvelles constructions accueillirent encore d’autres réfugiés puis, après la Seconde Guerre mondiale, on y édifia des immeubles à l’image du reste de la ville et les derniers baraquements disparurent. Le tout dernier, qui avait abrité la synagogue, devenu salle de réunion et gymnase du club athlétique Amiral Votsis, gravement endommagé lors du tremblement de terre de 1978 fut démoli en 1981.5

Lucette Vidal
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