Itinéraires exemplaires : D’une étoile à l’autre - Bellina Bouaniche-Moday

Sous cette rubrique nous continuons à publier des réflexions, des souvenirs, des itinéraires, des points de vue qui, pour être personnels et signés, n’en présentent pas moins un intérêt général, et en deviennent exemplaires de notre civilisation judéo-espagnole.
Nous venons justement de recevoir en même temps deux monographies.

Il est plaisant à lire, le petit livre de Bellina, publié tant d’années après les faits, mais cela ne nous surprend pas, nous évoquons ce phénomène presque dans chaque livraison.

Il décrit l’itinéraire d’une gosse - elle avait huit ans au début de la guerre - fille née à Paris d’une famille paternelle d’Izmir transplantée à Rhodes puis à Paris dans le 11ème arrondissement, sous passeport italien, la suite montrera combien ce fut important...

Elle se souvient du début de l’occupation allemande, raconte ce qu’on a déjà lu tant de fois et qui reste un sujet d’étonnement à cinquante ans de distance, non seulement pour les jeunes israéliens mais même pour nous autres déjà adultes ou quasi à l’époque : la docilité avec laquelle les Juifs ont consenti à s’inscrire comme tels dans les mairies et préfectures, rares étant les plus lucides qui ne le firent point.


Né à Smyrne le père de Bellina entreprit des démarches du côté du consulat de Turquie, lequel resta sourd.

La traque, la peur, les nuits passées ailleurs qu’au domicile, la rafle du Vel’d’Hiv’, les échos parvenant de Drancy, la quête quotidienne de pain avec les faux tickets d’alimentation,  tout cela est bien décrit par Bellina qui retrouve sa vision d’enfant.

Le livre fait évidemment penser à celui de Liliana Treves-Alcalay que nous avons commenté dans notre LS 12   Con occhi di bambina. Liliana était un peu plus jeune que Bellina mais souvent les regards d’enfant sont comparables.

Et c’est du côté de l’Italie mussolinienne ayant édicté des lois raciales pourtant, que vint le salut avec l’évacuation vers le sol italien le 30 mars 1943 le visa de sortie bien difficile à obtenir de la Préfecture de Police...


La vie en Italie, avec des hauts et des bas, des figures sympathiques parmi les employeurs, car il faut bien travailler pour vivre..., le retour en France après la libération du territoire, et au fil des années, le “petit antisémitisme au quotidien” devenant insupportable à la femme qu’est devenue Bellina, raison importante dans la décison de son alyah en Israël.

Malgré les SCUD et la difficulté de l’adaptation au quotidien, Bellina ne regrette rien, elle est maintenant grand-mère...

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