Tramway pour Bab Souika - Gilbert Chickly


1995 / 235 pages, Chez l’auteur, 4 rue de Turin 95160 Montmorency.
120F port inclus.

Nous arrive presqu’en même temps une chronique de Tunisie, de Gilbert Chikly appelée “Tramway pour Bab Souika”. Il s’agit en quelque sorte d'un contrepoint au livre de Lionel Lévy, d’une saga familiale, mais il est remarquable que Gilbert aussi sous titre son livre : “Devoir de mémoire”. Il est poignant, ce mouvement impérieux qui pousse les déracinés  à poser par écrit ce que fut leur jeunesse, à la recaler dans un milieu ancestral, dans une atmosphère typée ! 

Le contraste affiché nous intéresse ici, Gilbert Chickly se réclamant très fort de cet ancien judaïsme tunisien, plus précisément de la hara de Tunis, alors que Lionel revendique au contraire son ascendance livournaise. Il faut parfois se frotter les yeux pour se persuader que Lionel et Gilbert - à un an près ils ont le même âge - ont vécu dans la même ville, Tunis, en laquelle ils ont passé leur jeunesse, tant les milieux de vie étaient différents et peu reliés !

Bien que descendant par les grands-mères des deux cultures représentées à Tunis, l'une d'elles se réclamant de Livourne et l'autre de Djerba, Gilbert se revendique comme judéo-arabe.

Beaucoup de charme se dégage de ses évocations de convivialité. L'épisode de la marieuse Zoueïsa est superbe, qui préférait de beaucoup marier des juifs touensa “car ceux venus de Livourne ou d'Espagne représentaient à ses yeux  une clientèle pointilleuse, rigoureuse, regardante, pas toujours facile à convaincre... ni à amadouer”. (page 98).
 
Les événements fondamentaux de la vie sont racontés de manière émouvante : la scène du mariage (pages 102/104), celle de la mort de l'aïeul (pages 142/143).
Gilbert écrit de façon plaisante, coulante. 

Il nous entraîne souvent dans le rêve par le truchement de légendes colportées de génération en génération. Ainsi dit-on, la communauté juive de Mélassine ayant rendu un service notoire au bey de l’époque, celui-ci en autorisa quatre familles à s’installer à Tunis. Il n’avait pas réalisé que quatre familles juives, avec ascendants, enfants, cousins et alliés constituaient la quasi population de Mélassine... Et c’est ainsi que ces juifs fondèrent  la  hara de Tunis en 1157.

Plus loin il nous entretient aussi des publications dont il a gardé le souvenir, souvent imprimées à Livourne d’ailleurs, en français et judéo-arabe, et aux journaux dans cette dernière langue au tournant du siècle.

Gilbert Chikly nous promet, à paraître dans quelques mois, une suite à son livre, qui sera intitulée “T.G.M. (Tunis Goulette Marsa) - Aux yeux du souvenir”

Il est évident que les lecteurs ayant comme les auteurs vécu en Tunisie, y étant éventuellement nés, trouveront un intérêt tout particulier à la lecture de ces deux livres, totalement différents et pourtant très complémentaires, s’éclairant l’un l’autre ! Mais pas seulement eux !
Jean Carasso

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