Revues : Cronica

Cronica, Sourmeli 2, GR 104 39 Athènes.


Vital Eliakim
a feuilleté les deux derniers numéros parvenus de cette excellente revue : 138 de juillet-août et 139 de septembre-octobre. Il en a traduit du grec et résumé quelques articles, entre autres :

(numéro 138)

Anna ApostolouJuifs et Grecs doccident”.

Lauteur, se déclarant non-juive, a été stupéfaite et inquiète, à la suite d’une émission de télévision à grand retentissement, de constater la persistance dans la Grèce daujourdhui dun courant dintellectuels natio-nalistes, antisémites et révisionnistes. Aussi entreprend-elle de réfuter avec indignation les thèmes fallacieux quils invoquent. Elle passe sur les grands discours connus de lanti-judaïsme séculaire de lOccident chrétien, pour sattacher essentiellement à ceux qui sont spécifiques aux antisémites grecs.

1° Les Juifs auraient toujours tenté de saper l’hellénisme.

Réponse : se référant au combat des Macchabées contre les “Grecs”, à l’époque hellénistique, il faut noter quAntochius Epiphane et dautres, de la dynastie syrienne des Séléucides, n’étaient pas grecs. Juifs comme Grecs sur leur propre territoire à l’époque menaient un combat semblable contre loppression.

2° Les Juifs auraient joué un rôle défavorable à certaines époques cruciales de lhistoire de la nation grecque.

Réponse : il sagit de laccueil après 1492 des Juifs dEspagne et de leur traitement favorable par lEmpire ottoman alors que les Grecs étaient eux-mêmes opprimés par cet Empire.

Il n’y a pas lieu pour autant de considérer les Juifs comme des collaborateurs des Turcs : la bienveillance des Turcs n’était due qu’à divers facteurs objectifs liés à l’histoire de l’époque : dynamisme économique, com-mercial et culturel des Juifs, hostilité de l’Occident à la fois aux Juifs et aux Turcs.


De nombreux juifs soutinrent la révolution grecque de libération nationale
 Ultérieurement, de même, solidarité objective des Grecs et des sionistes cherchant à fonder leur renaissance nationale au sein du même espace ottoman.

3° Les Juifs se considèrent comme le “peuple élu”.

Réponse : tous les peuples se considèrent ainsi, et les Grecs ny ont pas fait exception, cultivant lidée de nation meilleure que les autres dans le souci de renforcer leur identité nationale; les ancêtres des Grecs actuels ne considéraient-ils pas les étrangers comme des “barbares” ?

Ceci ne pourrait constituer une certaine forme de racisme qu’en présence dune volonté de nier ou détruire “lautre”, ce qui n’a jamais été chez le cas chez les Juifs.
 En conc
lusion, lauteur est indignée de voir que des Grecs, malgré leur culture traditionnelle et leur passé historique, puissent nourrir encore aujourd’hui de telles idéologies.

Georges Zoumbos raconte l’historique mouvementé des cimetières juifs de Corfou, ainsi que leur saccage, leur profanation et leur expropriation après la dernière guerre.
 
Stavros Stavropoulos évoque ses liens damitié d’enfance avec son camarade juif Davico quil a pu sauver de la déportaion ainsi que sa famille et une partie de la communauté juive de Véria en organisant, grâce à des réseaux de résistance, leur évasion vers le maquis des montagnes voisines.

Tout le reste de la communauté, souvent à la suite de dénonciations et rançonnements, fut déporté sans retour, après avoir vécu de longs siècles repliée dans son vieux quartier, sous la domination successive de Turcs et Grecs.

(numéro 139)

Eve Balta étudie, dans un vieux registre turc, les communautés juives de lile dEubée vers le début du XVIème siècle. A Thèbes, on trouvait à l’époque 30 familles de Juifs dorigine européenne, souvent dEspagne, et 18 familles de Juifs romaniotes.


Les noms sont cités. Les Juifs constituaient environ 6% de la population.

 La renaissance de la synagogue Etz-Haïm à la Canée en Crète a eu lieu le 12 août 1995 en présence des autorités civiles et religieuses de l’île. Cette synagogue de style vénitien fut construite au XIVème siècle comme église, et cédée par la suite, au XVIIème siècle, à la communauté juive. C’est le seul exemple de ce genre dans lHistoire.
 
D. Loukatos trouve inadmissible la persistance, à l’aube du XXIème siècle et après la Choah, de la coutume du “bûcher de Judas” en divers lieux de Grèce pendant la semaine sainte et spécialement à Milos où elle constitue une attraction touristique. Ce bûcher donne à l’auteur des frissons dhorreur, le thème débordant largement le cadre religieux, le peuple confondant trop souvent Judas et Juif.

Analyse de quelques livres publiés récemment en Grèce, entre autres Erica Amarillo-Counio : “50 ans après, souvenirs d’une juive salonicienne”.
 
Erica brosse une fresque historique de la Salonique des années 20, du mariage de ses parents, de sa propre enfance tranquille, puis du cataclysme, le tout raconté simplement, sans sensiblerie. Elle eut la chance de revenir dAuschwitz. Ce ne fut pas le cas de la plupart des siens.

(Sommaire non exhaustif)

 Vital Eliakim



 Mireille Mazoyer-Saül et Jean Carasso ont composé et mis en pages ce numéro, Jean la saisi en informatique et Mireille la révisé pour la partie rédigée en français. 


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