Les Sépharades de Joseph Toledano


Michèle Bitton est responsable de la nouvelle Bibliothèque de section des Etudes Juives ouverte en 1994 à la Faculté de Lettres d’Aix en Provence par lIECJ (Institut dEtudes et de Culture Juives) dirigé par Jean-Marc Chouraqui.

Au fil de ses découvertes et de sa fantaisie elle pourra nous offrir des présentations douvrages relatifs à la civilisation sépharade.

Sur les rayons de la Biblioth.1  de l’IECJ.

Cet ouvrage de 200 pages, agrémenté de 33 illustrations, a é publié en 1992 par les éditions belges Brépols2, dans la collection “Fils dAbraham”putée pour ses qualités. Son auteur, qui vit aujourdhui en Israël, est originaire du Maroc, auquel il a consacré plusieurs ouvrages3. Descendant direct à la dix-septième génération du rabbin Daniel Toledano qui fut le grand rabbin de Castille avant den être expulsé en 1492, Joseph Toledano était particulièrement qualifié pour rendre accessible à un large public la richesse du monde sépharade depuis les origines jusqu’à nos jours. Servi par un style agréable, par une riche documentation, une bibliographie thématique de dix pages ainsi quun répertoire des organisations sépharades par pays proposés en fin de volume, le panorama quil offre ne laisse de côté aucun des aspects importants de l’histoire et de la culture passées et récentes de lensemble des communautés sépharades.


Depuis leur installation hypothétique en Espagne après la destruction du second Temple, lauteur retrace les grands jalons de lhistoire des Sépharades : l’âge dor espagnol, linquisition et lexpulsion; les refuges ottomans et maghrébins; larrivée de certains en Angleterre, puis le lent déclin des XVIIIème et XIXème siècles; le regroupement actuel des Sépharades, au sens large, en Israël. Lart, larchitecture et la musique sont également représentés, notamment à travers les plus grandes synagogues d’Espagne transformées en églises ou en musées, et celles de Venise, dAmsterdam, de Londres..., ainsi que les nouvelles synagogues bâties au XXème siècle au Maghreb et en Espagne.

Une anthologie, à travers laquelle J. Toledano a su montrer la continuité d’une culture au delà de la diversité des siècles et de la géographie, rassemble ensuite des extraits dauteurs sépharades depuis la Lettre au roi des Khazars, d’Ibn Shaprout, jusquau récent ouvrage dEdgar Morin Vidal et les siens, en passant par le poète Uriel da Costa, par Barukh Spinoza ainsi que par Blanche Bendahan qui fut la première romancière algérienne de langue française.


Dans le domaine de la vie spirituelle, l’auteur se plaît à rapporter de nombreuses traditions spécifiques liées aux grandes fêtes parmi lesquelles une liste remarquable de Pourim locaux (pages 129-131). Un dernier chapitre Profil sociologique des Sépharades “dappellation contrôlée” et d’appellation plus récente, nous transporte à nouveau dans tous les hauts lieux de la diaspora sépharade, Israël, la France, lEspagne, le Portugal, lAngleterre, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, lItalie, la Grèce, la Turquie, la Bulgarie, le nord des Balkans, les Amériques et le Maghreb, chacun donnant lieu à un historique et à une présentation détaillée des effectifs actuels.  

J. Toledano a clos ses chapitres sur l’art et la littérature avec un extrait de Lagonie du judéo-espagnol de Haïm Vidal Sephiha lançant un appel pressant pour la sauvegarde du riche patrimoine sépharade. La diffusion de la Lettre Sépharade répond exactement à cet appel, et ses lecteurs trouveront dans l’ouvrage de Joseph Toledano une excellente synthèse dun monde cher à l’ensemble du judaïsme.

 Michèle Bitton, août 1995
Comments