Revues et travaux inédits



Matilde Morcillo Rosillo, de l’Université de Castille, nous adresse un intéressant travail original (en espagnol), intitulé :


L’Espagne et les sinistrés saloniciens sépharades de l’incendie de 1917


Elle explique qu’à l’arrivée des Grecs à la fin de 1912, nombre de Sépharades saloniciens sollicitèrent la nationalité espagnole, soit pour permettre aux hommes jeunes d’échapper au service militaire, soit pour diverses raisons, tandis que d’autres choisirent d’émigrer.

Quelques années plus tard, après l’incendie qui laissa plus de 50000 Juifs sans abri, les pouvoirs publics espagnols décidèrent un geste en faveur de leurs protégés sinistrés.

Tandis que les pouvoirs publics grecs, profitant de la destruction complète de nombre d’immeubles, se proposaient d’exproprier les ayants droit de ces friches (ainsi étaient-elles qualifiées, ce qui les sous-valorisait) en les indemnisant par des bons.

Le gouvernement espagnol fit tenir au consul d’Espagne à Salonique (par de multiples et compliqués transferts car la guerre ne perpermettait pas de liaison directe) une somme de 35000 F/or avec mission de la répartir le plus justement possible.

Le consul Teodoro Varela Gil nomma une commission de six membres sous sa propre présidence - Genio Fernandez, Isaquino Carasso, D. Isaac y Simha , Abraham Saporta, Jacob Sidès et Isaac J. Cohen - habilitée à répartir les fonds - cependant que le typhus se répandait vite au sein de cette misère sans hygiène...

Et Matilde nous fournit le nom de chaque bénéficiaire avec la somme reçue au drachme près, ainsi que les photos des signatures des propriétaires ayant collectivement protesté contre l’expropriation auprès des pouvoirs publics. Elle cite bien entendu abondamment toutes ses sources.
JC


Nous tenons ce tableau des bénéficiaires et la photocopie des signatures à la disposition de qui nous les demandera.

Tandis que, toujours sur le même sujet : L’état de la communauté sépharade après l’incendie : (en anglais)

Vilma Hastaoglou-Martinides

a étudié un mémoire adressé à Henry Morgenthau - diplomate amé-ricain arrivé à Salonique en novembre 1923 - dès 1924 par la Communauté, ainsi que la correspondance afférente.

En 1924, lorsque ce mémoire signé de Léon Gattegno président et David Matalon, secrétaire de la Communauté, arrive sur le bureau de H. Morgenthau1 , il expose que bien des pro-blèmes subsistent : 
- de fort nombreux sinistrés ne sont pas relogés; les réfugiés grecs arrivent d’Asie Mineure et la situation du logement est tendue.
- sous la pression de ces faits nouveaux, les projets d’expropriation du cimetière se précisent2 , et la question n’est pas complè-tement réglée de l’indemnisation des propriétaires de “friches” sur la zone incendiée.
- l’imposition par les pouvoirs publics du dimanche au lieu du samedi comme jour obligatoire de repos hebdomadaire est mal ressentie.
- une campagne de presse antisémite va bon train.

Morgenthau, allant et venant entre Salonique et le pouvoir central à Athènes intercède, négocie des emprunts, fait ce qu’il peut, parfois ému puisqu’avec des amis personnels il réunit une somme qu’il prête à taux d’intérêt spécialement réduit.

Et la crise de 1929 survient là aussi, avec ses conséquences graves sur une communauté affectée par les nombreux départs de membres vers l’Europe occidentale ou la Palestine...

JC

Mónica Olalla-Sánchez
3 nous fait parvenir un intéressant travail encore inédit sur la médecine hispano-hébraïque en Espagne médiévale, les traductions et la science chrétienne. (en espagnol)

Nous allons en tenter un résumé, difficile tant le travail est dense.

Ce que l’on entend par médecine hispano-hébraïque est en fait la médecine arabe dérivant elle-même tout droit d’Hippocrate et Gallien par le truchement de traductions du grec vers l’arabe, puis vers l’hébreu et plus tard le latin. Il ne faut pas perdre de vue que les Juifs de l’époque en question, VIIIème et IXème siècles par exemple, sont considérés en Espagne du sud comme “arabes”, l’arabe étant justement leur langue de communication et d’écriture profane (Maïmonide, dans le courant du XIIème siècle encore, a écrit toute son œuvre en cette langue), les Juifs conservant l’hébreu pour la matière religieuse et peut-être pour leurs conversations familiales. Il n’en alla différemment que dans le nord de l’Espagne, à mesure du recul de la vague arabe, où la langue de communication fut le castillan de l’époque. Mais les Juifs du sud, de ce fait, étaient mieux inscrits dans le courant culturel dominant.

Parmi les Juifs du nord qui émigrèrent vers Montpellier alors que Maïmonide, Juif du sud, partait pour l’Afrique, la famille Ibn Tibbon est restée célèbre. Moshe Ibn Tibbon traduisit Maïmonide en hébreu en 1244 tandis qu’Armengaud de Blaise traduisit le même en latin, à Montpellier, en 12904

C’est justement à Montpellier qu’au XIVème siècle un groupe de traducteurs, médecins souvent juifs, diffusèrent en latin, pour la Faculté de médecine du lieu, divers ouvrages scientifiques et proprement médicaux. En effet, antérieurement au XIIème siècle, l’enseignement y était dispensé en arabe et en hébreu ! A l’expulsion de 1306, certains travaux se poursuivirent à Barcelone.

Peu à peu l’enseignement de la médecine à Montpellier par exemple, mais pas seulement, devint latin et catholique, tandis que la théorie et la pratique arabo-juives continuèrent d’être véhiculées par des conversos, (et encore en arabe au XVIème siècle), tels Alvaro de Castro et Diego Sobrino vers les communautés de Venise et Rome.

Jean Carasso
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