Une femme tient une pancarte indiquant « Je suis juive de France » / Getty Images
(JTA) — Il y a trois semaines, ma femme et moi faisions nos courses dans une boucherie casher parisienne à plusieurs kilomètres à l’ouest du supermarché où quatre Juifs ont été assassinés le 9 janvier. La boutique de notre quartier était bien fréquentée, avec des files d’attente le trottoir avant Shabbat.
Nous logions dans un appartement du 12e arrondissement de Paris pendant que je faisais la promotion d’un nouveau livre sur le traitement des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Pendant notre séjour, nous avons discuté avec des dizaines de nos amis parisiens, dont certains sont juifs, pour savoir si l’année 2015 évoque pour eux au moins une partie de cette sombre histoire antisémite. C’était une époque où un gouvernement français connu sous le nom de Vichy a promulgué 200 lois antisémites – avec peu de pression allemande – qui ont finalement envoyé quelque 75 000 Juifs « à l’Est » et une mort presque certaine dans les camps de concentration.
Au cours de ces semaines de ce que nous savons maintenant être le « calme avant la tempête », nos amis ont avoué certaines craintes concernant une résurgence combinée des anciennes et des nouvelles formes d’antisémitisme en France. Le parti d’extrême droite du Front national sous Marine Le Pen cachait à peine son antisémitisme à l’ancienne sous le masque hideux de la xénophobie anti-arabe. Et le parti montait en puissance dans les sondages.
Pendant ce temps, des Juifs individuels ont été sporadiquement attaqués, souvent par des musulmans français mécontents. Dans certains quartiers de Paris, m’a dit un ami, il serait peut-être déconseillé de porter une kippa à l’extérieur. Mais dans leur propre quartier, dans le 15e arrondissement, ils ont dit qu’ils n’auraient pas de telles craintes et n’ont pas déconseillé à leur neveu, un juif pratiquant dans la vingtaine, de porter une kippa.
En fait, un échantillon représentatif de mes amis parisiens était d’accord pour dire que le discours américain sur la France devenue antisémite était grossièrement exagéré. Ainsi, dans des conversations polies aux États-Unis, ma femme (professeur de français à Manhattan) et moi avions déjà noté ce que nous ressentions comme des exagérations, compte tenu de nos propres expériences et observations lors de fréquentes visites dans diverses régions de France. Nous avons attribué une partie du discours américain fébrile à la francophobie persistante qui marque trop souvent les commentaires politiques sur la France aux États-Unis. Les Français, après tout, sont depuis longtemps la cible des critiques américaines.
Nous avons essayé de freiner ce discours sur l’antisémitisme français, les prétendues masses qui partaient pour Israël – quelque 7 000 Juifs français sur une population d’environ 500 000 ont fait le déplacement l’année dernière, même si certains sont revenus depuis pour des raisons économiques et autres – et ce que nous savions qu’il s’agissait d’images américaines exagérées de Juifs français vivant dans une peur constante. Nous l’avons fait, en reconnaissant que l’Europe risque toujours de revenir à son antisémitisme traditionnel – un risque que je considère plus fondamental même que l’extrémisme musulman alimenté par les événements au Moyen-Orient.
Mon attitude à l’égard de la France n’a pas changé même depuis la dernière vague de violence meurtrière. Il n’y a aucun endroit au monde qui soit sûr. Mais à bien des égards, c’est aussi sûr pour les Juifs à Paris qu’à Tel-Aviv, à Brooklyn ou à Budapest.
Bien sûr, le renforcement prudent de la sécurité, tant qu’il ne transformera pas la France en État policier, sera nécessaire pendant un certain temps, comme il l’a été périodiquement au cours des dernières décennies. Les écoliers français doivent être protégés (et, à vrai dire, on pourrait en dire autant des enfants américains). La boucherie casher que nous fréquentions maintenant est en état d’alerte maximale. C’est logique.
Mais n’oublions pas ce que la France, premier pays européen à accorder aux juifs tous droits légaux, leur offre encore : des institutions juives dynamiques et un gouvernement qui considère leur présence comme faisant partie intégrante de l’avenir de la France. Le président et le Premier ministre français, ainsi que le maire de Paris, ont été inébranlables dans leur soutien aux Juifs sur le sol français.
Lors de mon récent voyage, nous avons assisté à une représentation dans un théâtre de 100 places d’une version française de « Le marchand de Venise » de Shakespeare. Le public, un large échantillon représentatif de Parisiens ordinaires, semblait extrêmement sensible au sort de Shylock le Juif en tant que représentant de «l’autre» européen persécuté à travers les siècles.
Les attitudes envers les Juifs évoluent pour le mieux en France. Il y aura des éruptions tragiques au contraire. Mais la France n’est pas un pays antisémite. Elle reste, alors qu’elle se réconcilie enfin avec son passé vichyste, un bastion d’égalité et d’espoir pour sa population juive.
Richard H. Weisberg est titulaire de la chaire Floersheimer de droit constitutionnel à la Faculté de droit Cardozo de l’Université Yeshiva. Pour son travail dans la réparation de certains torts de Vichy, il a reçu la Légion d’honneur en 2009. Son récent livre, « Éloge de l’intransigeance », et son « La loi de Vichy et l’Holocauste en France » traitent tous deux de l’antisémitisme français.
