9 novembre 1938
Ce jour-là, ma grand-mère, vivant à Leipzig, en Allemagne, s’est réveillée avec du verre brisé. C’était le lendemain de la nuit de cristal, la nuit où les sympathisants nazis ont brûlé des synagogues, brisé des vitres et fait savoir une fois pour toutes au peuple juif qu’il n’était pas le bienvenu en Allemagne. L’amour de ma grand-mère pour l’Allemagne et la culture allemande a rendu le traumatisme de Kristallnacht et la fuite de réfugiés de sa famille vers ce pays d’autant plus traumatisants. Le 9 novembre est gravé dans son être comme le jour où son monde a changé pour toujours.
9 novembre 2016
En ce moment même, cette même grand-mère, maintenant âgée de 90 ans, se réveille. Elle, la première femme présidente de sa synagogue, a voté pour qu’une femme soit la première femme présidente des États-Unis. Elle espérait briser un autre type de verre – un plafond de verre. Ce matin, ce verre reste intact.
Mais elle et nous nous réveillons dans un monde différent. Ce n’est pas la nuit de cristal. Pourtant, le monde se sent changé. Pour beaucoup, ce changement semble juste, comme si les choses revenaient enfin sur les rails. Pour beaucoup d’autres, ce changement semble faux et sombre. Beaucoup ont peur, et compte tenu de ce qui a été dit au cours de la dernière campagne, ceux qui ont peur ont le droit de l’être. Peu importe qui vous avez soutenu, ces jours, ces semaines et ces mois sont un moment de rencontre, d’écoute mutuelle et d’affirmation de nos valeurs américaines les plus fondamentales – liberté, égalité et tolérance. C’est surtout le moment de tendre la main à ceux qui sont les plus vulnérables en ces temps et de se tenir à leurs côtés, épaule contre épaule. Nous avons tous du travail à faire pour essayer de reconstituer les pièces de notre union qui semblent si fracturées.
10 novembre 2016
Demain, je serai à la Nouvelle-Orléans pour célébrer un mariage. La Nouvelle-Orléans est un endroit qui connaît la tristesse et la perte les plus profondes et qui trouve toujours un moyen de chanter. A la fin du mariage, comme nous le faisons à chaque mariage juif, nous briserons du verre. Nous brisons du verre dans les moments de joie pour nous rappeler qu’il y a de la rupture dans le monde. Si vous avez l’impression que le monde est brisé aujourd’hui, je vous mets au défi de faire le contraire : levez un verre plein. Portez un toast à toutes les valeurs pour lesquelles vous continuerez à vous battre, peu importe qui est président. Rappelez-vous que l’amour n’est pas un politicien, la foi n’est pas un parti politique, l’espoir n’est pas un président. La puissance de ceux-ci est tout aussi réelle aujourd’hui qu’elle l’était hier et qu’elle le sera demain. Peu importe qui aurait gagné la nuit dernière, nous avons tous beaucoup de travail à faire pour manifester ces valeurs dans notre monde.
Rebbe Nachman dit que si vous croyez que la rupture est possible, vous devez croire que la réparation est possible.
Rabbi Leonard Cohen dit : Il y a une fissure, une fissure dans tout, c’est ainsi que la lumière pénètre.
Briser le verre, réparer le verre, L’Chaim — à la vie.
