58 ans après l’embargo de De Gaulle le chasseur qu’Israël a construit seul vole encore alors que les Mirage français dorment au musée

En 2025, cinquante-huit ans après l’embargo français de 1967, le Kfir volait toujours sous des couleurs étrangères. De nombreux Mirage de sa génération étaient déjà devenus des pièces de collection. Ce contraste raconte une rupture diplomatique, puis des décennies de travail industriel. Derrière le nez pointu et l’aile triangulaire, il y a d’abord une commande d’avions qui ne sera jamais livrée à son destinataire.

Le chasseur israélien n’est pourtant pas une invention surgie de nulle part. Sa parenté française se voit immédiatement. C’est précisément ce qui rend son parcours intéressant : Israël transforme une dépendance devenue risquée en capacité de production, sans pour autant fabriquer chaque composant à partir d’une feuille blanche.

Quand les Mirage commandés restent en France

Au milieu des années 1960, les Mirage occupent une place centrale dans l’aviation israélienne. Dassault développe le Mirage 5 pour répondre notamment aux besoins d’Israël. L’appareil reprend la formule du Mirage III, avec des adaptations destinées à l’attaque au sol. Cinquante exemplaires sont commandés et payés.

L’embargo décidé sous Charles de Gaulle en 1967 bloque leur livraison. Pour les responsables israéliens, le problème dépasse cette seule commande. Une flotte dépend aussi des pièces, de l’entretien et de la possibilité de remplacer les appareils perdus. Le fournisseur qui semblait acquis devient une incertitude politique.

La réponse industrielle passe d’abord par le Nesher, très proche du Mirage 5, puis par le Kfir. Cette succession compte : le chasseur israélien résulte d’un développement progressif, avec des essais et des modifications. Il ne sort pas directement d’un atelier le lendemain de l’embargo.

Une silhouette française, un moteur américain

Sur le Kfir, l’aile delta conserve l’allure de la famille Mirage. Mais la cellule est adaptée autour d’un autre réacteur : le General Electric J79, d’origine américaine et produit sous licence en Israël. Son installation impose de retravailler le fuselage et les entrées d’air. Changer de moteur ne consiste pas simplement à remplacer une pièce par une autre.

Les équipements de bord israéliens et les évolutions aérodynamiques donnent ensuite au programme son identité. Les petits plans canards, visibles sur plusieurs versions près des entrées d’air, font partie de ses signes distinctifs. Sous une forme familière, l’appareil acquiert ses propres caractéristiques.

La fabrication nationale porte donc surtout sur la maîtrise du programme et de son évolution. Elle n’efface ni l’héritage de Dassault ni la technologie américaine. Cette dernière conserve d’ailleurs une conséquence très pratique : l’exportation du Kfir dépend aussi d’autorisations américaines liées à son moteur.

La carrière continue loin des bases israéliennes

Israël retire ses Kfir du service dans les années 1990. Leur longévité ne signifie donc pas qu’ils équipent encore aujourd’hui les unités de première ligne israéliennes. La seconde vie du chasseur se joue à l’étranger, notamment en Colombie et au Sri Lanka, avec des appareils entretenus et modernisés.

En Colombie, la perspective de les remplacer par des Gripen se précise en 2025. Au Sri Lanka, le programme de modernisation aboutit à un premier vol d’un Kfir rénové en juin 2026. L’avion reprend ainsi l’air après un chantier destiné à prolonger sa vie opérationnelle.

Ces prolongations reposent sur du travail peu spectaculaire : inspections, remise en état, équipements renouvelés et formation. Un avion ancien ne reste pas utile parce que sa peinture est refaite. Il faut pouvoir le soutenir techniquement, disposer de pièces et lui confier des missions compatibles avec ses capacités.

Le musée ne raconte pas toute la famille Mirage

Les Mirage III et Mirage 5 retirés des forces françaises illustrent bien le contraste avec les Kfir prolongés ailleurs. Mais le nom Mirage recouvre plusieurs générations. Les Mirage 2000 continuent de voler : les confondre avec leurs prédécesseurs ferait disparaître une partie essentielle de l’histoire aéronautique française.

Certains Kfir sont eux aussi exposés, tandis que d’autres connaissent une nouvelle étape de leur carrière. Le destin d’un chasseur dépend autant des moyens de son utilisateur et des modernisations disponibles que de sa date de naissance. Pour Israël, le programme a surtout permis d’apprendre à produire, adapter et faire évoluer un avion de combat. Une capacité qui ne se range pas dans un musée lorsque le dernier appareil d’un escadron s’arrête.

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