« En une heure, le 7 octobre, j’ai vu plus de blessés que durant les cinq années précédentes », a déclaré Guy M., médecin-paramédic de combat de l’armée israélienne, à La Lettre Sépharade.
Trois ans plus tard, les souvenirs n’appellent pas un rappel d’anniversaire. « Je n’ai pas besoin d’un journal et des gros titres ni des documentaires à la télévision pour me souvenir », a affirmé Guy, qui s’est confié à La Lettre Sépharade à condition que son nom complet ne soit pas publié pour des raisons de sécurité, puisqu’il continue de servir dans l’armée israélienne.
Guy est dans la trentaine et a grandi dans une communauté religieuse juive du nord d’Israël. Il a servi dans l’Unité 669, la branche aéroportée de sauvetage de l’armée.
« Mon rêve était de devenir médecin militaire. C’est ce que je voulais vraiment faire », a-t-il confié à La Lettre Sépharade. « J’étais adolescent, et en regardant autour de moi, j’ai vu cette unité — c’était du commando et des forces spéciales, mais ils pratiquent aussi la médecine. »
« Je ne regardais pas vraiment l’entraînement », a-t-il dit. « J’avais le fantasme d’être médecin dans un hélicoptère. Je n’avais pas réalisé que cela incluait un an et demi d’un entraînement éprouvant au préalable, alors j’ai postulé et j’ai été choisi par le chef d’équipe. »
Guy indiqua à La Lettre Sépharade qu’il a servi comme médecin-paramédic de combat dans l’Unité 669 jusqu’en 2018. Le matin du 7 octobre 2023, il se trouvait chez sa fiancée. Un soldat l’a rappelé à la base.
« Il m’a appelé et m’a dit : “Es-tu dans le pays, et pourrais-tu venir ?” » a raconté Guy à La Lettre Sépharade. « J’ai répondu : “Oui.” »
Il s’est dirigé vers sa base et a reçu l’ordre de descendre vers le sud avec deux autres soldats dans un pickup. « Nous faisons partie d’une unité aéroportée, alors je pensais qu’ils plaisantaient », a-t-il dit. « Pourquoi ne pas voler ? On nous avait dit que les pilotes n’étaient pas encore arrivés à la base, et que les hélicoptères n’étaient pas prêts, nous devons donc descendre au sud. »
« Le commandement de l’unité et les officiers ne comprennent pas ce qui se passe, et ils veulent des soldats sur le terrain », a-t-il confié à La Lettre Sépharade.
Lui et deux autres ont pris un « pickup de style agricole » vers le sud.
« Il y avait des champs des deux côtés de la route, et tout d’un coup, des véhicules en feu et de multiples blessés partout », a-t-il raconté à La Lettre Sépharade. « Des gens qui criaient à l’aide, qui fuyaient dans tous les sens. »
Ils ont commencé à soigner les blessés et à poser des garrots. Guy a déclaré que les personnes qu’il soignait « étaient habillées de façon étrange », et il n’avait d’abord pas réalisé que le festival de musique Nova avait lieu à proximité.
« Parfois, nous avons rencontré des dizaines de blessés en même temps », a-t-il raconté à La Lettre Sépharade.
Son action l’a amené jusqu’aux kiboutz de Nahal Oz, Kfar Aza et Be’eri. Son frère appartenait à une unité qui a perdu de nombreux soldats ce matin-là, et sa fiancée avait également été convoquée à la base et s’acheminait vers le sud.
« Pendant trois jours, nous, les trois membres de ma sphère familiale, nous étions dans des zones différentes », a-t-il expliqué. « C’étaient les 7 et 8 octobre, et pour ceux qui y ont été, une prolongation des 9 et 10 pour ceux qui y sont restés. »
Guy avait déjà écrit sur le service militaire. « Pendant ma formation, j’avais un journal. Mes parents n’avaient pas de télévision à la maison, alors nous lisions beaucoup lorsque nous étions enfants, et mon père m’encourageait », a-t-il raconté à La Lettre Sépharade.
Ce journal, qu’il a poursuivi lors des missions de sauvetage, est devenu son premier livre. L’édition anglaise, publiée par Wicked Son, est intitulée Full Throttle: Against All Odds with Israel’s Elite Para-Rescue Commandos.

Il travaillait sur la traduction anglaise avant les attaques. Par la suite, une suggestion d’ajouter un chapitre sur le 7 octobre s’est développée en un livre séparé, s’appuyant sur les témoignages d’autres soldats en parallèle au sien.
« Une partie des éléments ne m’étaient pas mémorisés avec précision, alors je leur ai demandé par curiosité », a-t-il expliqué. « Puis les autres ont commencé à partager leurs histoires. »
Son second livre, The Rescue: Oct. 7 through the Eyes of Israel’s Para-Rescue Commandos, a été publié en anglais par Wicked Son en mars 2025 et traduit par Eylon Levy, ancien porte-parole du gouvernement israélien.
Guy a décrit l’écriture du livre comme une « obligation de dire clairement à haute voix ce que j’ai vu » dans les maisons qu’il a franchies en répondant aux attaques menées par le Hamas.
« Si je ne le fais pas le plus tôt possible, et que je me bats pour qu’il voie le jour, je ne reviendrai tout simplement jamais là-bas, et je ne voudrais pas y retourner », a-t-il déclaré en évoquant sa réflexion pendant l’écriture du livre.
« Nous avions pour mission de porter l’histoire de notre façon. Par exemple, pour souligner à quel point nous avons été peu informés. Tout le monde parle de l’échec militaire. Les soldats n’arrivaient pas à l’heure », a confié Guy à La Lettre Sépharade. « Qui sont les soldats ? Nous sommes les soldats. Je suis le soldat. Je n’ai pas été là à temps. »
Il voulait montrer « à quel point nous avons essayé, quelles que soient nos connaissances, et l’audace que tant de personnes qui sont descendues là-bas ont démontrée. »
À l’approche du troisième anniversaire des attaques, Guy prévoit d’être aux États-Unis avec son épouse et sa fille de neuf mois.
Se décrivant lui-même comme un « accro à l’adrénaline », il confia à La Lettre Sépharade que la paternité ne le freine pas. « Elle me recentre. Elle me rappelle ce qui est important et pourquoi je fais les choses. »
Interrogé sur ce qu’il envisage pour marquer le 7 octobre, il répondit à La Lettre Sépharade qu’il « est en dilemme entre faire comme si ce n’était qu’un autre jour et tout simplement le retirer de ma vie ».
« C’est toujours là », dit-il. « Toute l’année. »
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