Revues : Nouvelles de Bulgarie

Les auteurs ont effectues un voyage d ‘études en Bulgarie en septembre 2004

La commuauté juive de Sofia, avec 3 000 membres la plus grande en Bulgarie, compte, entre autres une très grande synagogue (inaugurée en 1910) et en rénovation depuis quelques années (le rabbin Kachlon qui vit une partie de l’année auprès de sa famille en Israêl semble malgré tout dévoué à sa communauté).

Il a fait déjà paraître une Haggadah de Pâque en hébreu/bulgare/phonétique, ainsi qu’un sidour, livre de de prières quotidiennes, en hébreu et phonétique. IL existe une maison de retraite Bet Avot, un restaurant kasher, une troupe de chanteurs dirigés par Lika Eshkenazi (avec ses collègues Tomislav Vichev et Daniel Petrov, elle donne, chaque lundi, un petit concert pour les membres de la communauté), un centre communautaire Bet Am proposant diverses activités (bibliothèque, cours à destination des jeunes etc). Ce centre communautaire héberge plusieurs groupes aux activités diverses : le groupe Manos Bendichas confectionne napperons, petits tapis brodés, kippot tricotées etc1 le Klub Ladino, dont nous parlerons plus loin, se réunit chaque mardi soir ; l’organisation juive centrale de Sofia Shalom, est à l’origine de la publication de plusieurs ouvrages (recueil de proverbes 2, de souvenirs 3 et de la revue annuelle Godishnik (devenue récemment Annual) qui paraît depuis 1996 sous l’égide de l’Association sociale culturelle et éducative des Juifs en Bulgarie et dont les articles sont rédigés en anglais et bulgare. 4

Ville aux multiples collines, Plovdiv (la communauté juive ne compte que 500 membres) possède son quartier juif, limitrophe du quartier historique. Synagogue et centre communautaire entretiennent la vie cultuelle et culturelle juive de la ville. L’état de désolation du cimetière juif a semblé être une épine au cœur de nos hôtesses : malgré plusieurs initiatives, celui-ci n’est pas entretenu.

La communauté juive bulgare possède son propre organe de presse, Evreiski Vesti “Nouvelles Juives” qui paraît chaque semaine en bulgare depuis 1944. Après avoir mené des recherches dans diverses bibliothèques de Sofia, ce sont les Archives d’État qui se sont révélées avoir un fonds livresque judéo-espagnol le plus riche. Ce fonds a connu de nombreuses péripéties avant de rejoindre les Archives d‘Etat. Il est actuellement en cours de dépouillemente. L’archiviste responsable de ce fonds qui ne connaît ni l’hébreu ni le judéo-espagnol s ‘occupe avec la collaboration d ‘un membre de la communauté de réaliser un premier catalogue sommaire.Ces dernières années, l’International Center for Memory Studies and Intercultural Relations 5 a publié en bulgare puis en traduction anglaise deux ouvrages d’intérêt au sujet du judaïsme bulgare. Le premier est un recueil d'études sociologiques et anthropologiques portant sur la communauté juive bulgare 6. Le second est un outil bibliographique recensant les travaux parus en Bulgarie qui traitent du judaïsme bulgare 7.




Si nos recherches dans la sphère académique bulgare se sont révélées difficiles, le contact avec la communauté judéo-espagnole, tant de Sofia que de Plovdiv, a été immédiatement et extrêmement chaleureux. Sophie Danon qui dirige avec énergie et enthousiasme le Klub Ladino (crée il y a cinq ans) de Sofia a reçu notre groupe dès son arrivée. Grâce à elle, le Klub Ladino s‘est regroupé pour nous convier à une rencontre qui commença par la lecture de poésies et konsejas et qui se finit kantando kantikas, en chantant,  "Nous avons honte, très honte. Nos ancêtres ont su garder le judéo-espagnol pendant cinq siècles mais nous, nous l’avons perdu en cinquante ans" 8

Jozef Koen, membre actif du centre communautaire, y a organisé à notre intention un repas de bienvenue et a prit le temps de nous guider dans le cimetière juif. Lors de la journée du patrimoine juif européen nous avons pu assister à la synagogue au tour de chant (en hébreu et judéo-espagnol) du dynamique et électrisant groupe dirigé par Lika Eshkenazi. Notre brève excursion a Plovdiv a été illuminée par l’accueil amical réservé par deux dames cultivées et distinguées que sont Yvette Anavi et Sarina Chelibakova. Depuis quelques mois Yvette Anavi qui est l'auteur d’un charmant livre de cuisine sefarade 9 dirige un cours hebdomadaire de judéo-espagnol. Chaque lundi, au centre communautaire, durant une heure vingt elle travaille avec un groupe d’environ quinze personnes sur le manuel de judéo-espagnol de Marie Christine Varol : lecture de dialogues et des textes, traductions des notions grammaticales en bulgare, revisions de la leçon précédente puis dernier quart d'heure passé à chanter le riche répertoire judéo espagnol 10. Yvette et Sarina nous ont fait visiter la synagogue, le centre communautaire (où s’étaient assemblés pour nous accueillir, de nombreux membres de la communauté et du cours de judéo espagnol) et le vieux Plovdiv.

Quelques aspects (historiques et sociologiques) qui nous ont semblé spécifiques de cette communauté :

-l’affliction laissée par les atrocités nazies. Si les juifs de Bulgarie n’ont pas été déportés dans les camps de concentration et d ‘extermination de Pologne (les juifs déportés  de Bulgarie provenaient des régions nouvellement contrôlées par la Bulgarie-Thrace et Macédoine-, et n’étaient pas considérés comme citoyens bulgares), ils n'en ont pas moins connu les lois anti-juives, les spoliations, les camps de travail, les déplacements et la misère 11

-l’énorme répercussion du sionisme dans le pays. Durant les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale près de 90 % des juifs ont quitté la Bulgarie pour s’installer en Israël. Aujourd’hui encore pour des raisons économiques de nombreux jeunes diplômés partent faire carrière en Israël. Rare sont les membres de la communbauté qui n’aient pas un ou plusieurs enfants installés la-bas. 12

- L’importance de l’aide du judaïsme américain au maintien du judaïsme bulgare (JOINT, AJJDC, WJR, Lauder Foundation).
- Le poids consérable des mariages mixtes (seul 1/3 des mariages se font au sein de la communauté) et les problèmes qui en résultent (statut des enfants issus de telles unions, volonté des couples d’être enterrés ensemble, etc). Signalons que nous avons pu constater avec émotion la présence aux cours de judéo-espagnol donnés à Plovdiv par Yvette Anavi, de quelques dames non juives veuves ayant perdu leur conjoint juif…

- La volonté farouche des membres de la communauté de maintenir vivante l’identité juive bulgare, malgré les quelques décennies passées sous le joug communiste. Depuis la chute du communisme en 1989, l’envie de se regrouper pour parler judéo-espagnol semble prendre de l’ampleur.

Ce séjour exploratoire qui était pour la plupart d ‘entre nous, la première rencontre avec la Bulgarie et ses communautés juives, nous a permis de prendre nos marques avec la réalité du terrain et de mettre en place un certain nombre de projets. Un dépouillement précis du fonds judéo-espagnol des Archives d’Etat de Sofia devrait s’organiser au cours de l’année 2005.D’autres projets sont à l’étude, entre autre la réhabilitation du cimetière juif de Plovdiv et le relevé des épitaphes d’un échantillon de tombes, des éditions de textes, une bibliographie…

Nous souhaitons conclure cet article en remerciant très vivement et très chaleureusement les membres des communautés de Sofia et de Plovdiv (nombreux sont ceux qui lisent la Lettre Sépharade) qui se sont montrès si amicaux envers notre groupe. Nous espèrons kon ojos de papel 13 les rencontrer à nouveau très bientôt. Enfin il nous est agréable de citer ce proverbe qui s’applique aux relations de couple mais aussi plus généralement à toute relation humaine : kuando ay onor, ay amor 14.

Gaëlle Collin et Michaël Halévy
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