Refranes y expresiones Sefaradies, de la tradicion Judeo-Espanola - Luis Norberto Leon

En espagnol et judéo-espagnol,
Proverbes et expressions sefaradies de la tradition j udéo-espagnole
Tome 2
Buenos Aires, 2004
144p, édition du CIDICSEF
cidicsef@ciudad.com

"Dans tes embarras et dans tes efforts prends conseil de tes proverbes.”

“Il n’est point de proverbe menteur”
“Les juifs n’ont pas de lois mais ils ont des proverbes”

C’est sur cette triple proposition que s’ouvre la seconde recollection de Refranes y expresiones sefaradíes de la tradición judeo-española de Luis  León1 C’est dire que l’ambition de l’auteur est plus haute que pour son premier recueil. Non point tant du point de vue spatial car, même non limitées au judéo-espagnol de Smyrne, les sources de Luis León-et ce sera notre seul regret-sont presque toujours chez les inmigrantes del Imperio otomano, donc dans le djudezmo griego i turco. Mais au niveau de la réflexion sur le matériau recueilli, il s ‘agit d’une investigation pleine d’empathie dans l’imaginaire d’un peuple.” Une longue existence,”nous dit Luis León, dans des circonstances souvent tragiques, agitées par des persécutions, a déterminé le comportement du groupe comme empreinte profonde qui va au delà des différences particulières de chaque famille. C ‘est en quelque manière, cela qui se trouve résumé dans les proverbes et expressions” (p. 8)

Que cette référence à la vie précaire des Sépharades depuis leur exil ne nous conduise pas à penser que le Refranero judéo-espagnol de Luis León soit rythmé par les péripéties de leur histoire. Non la trame du recueil est faite pour l’essentiel des fils de la vie quotidienne et la répartition thématique retenue par l’auteur en est l’illustration : Métaphores tirées de la nourriture ; Les Voisins… le Mauvais oeil (el Ainaraj) ; Mères et filles ; De belles-mères à belles-filles et bien sûr de belles-filles à belles-mères ; le Foyer, mari et femme… Mais d’autres chapitres vont plus profond, abordant la critique psychologique sous des titres un peu généraux : Sentencieusement ; Attitudes et personnalités ; ou même des perspectives historiques et sociales comme Sur des personnes criticables qui, avec un éclairage apporté par Leon Poliakov judicieusement cité, évoque la violence interne aux djudios, qui était l’envers des “moments difficiles” imposés à la communauté par un événement hostile. Le recueil se clôt ensuite sur des thèmes plus paisibles : En nommant Dieu. Bénédictions et bons vœux ; la Vieillesse et, cerise sur le gâteau, sur Djojá. 2




Et ce beau texte foisonnant est enrichi encore par la qualité des illustrations au premier rang desquelles celle, émouvante en couverture, des trois membres d‘une famille : le père dans son costume judéo-turc, la mère aux traits empreints de mélancolie sous une coiffe traditionnelle et cependant coquette, et derrière eux une main sur l’épaule du père, l’autre sur le bras de la mère, le fils dans un vêtement très moderne, fixant l’objectif d’un regard où se lit simplement, sans artifice, la gravité d’un moment qui va éterniser leur unité. Parmi les nombreuses illustrations quelques fac-simile de la presse israélienne en judéo-espagnol (un judéo-espagnol cette fois normalisé) sous les titres de la Verdad-Ha’Emet et de la Luz de Israël ; et une double planche rassemblant les couvertures d’ouvrages sur le Refranero où ce n’est pas sans émotion que j’ai retrouvé les Proverbes Judéo-espagnols recueillis par Reine Akriche 3, ma sœur récemment disparue.

Entre l’introduction proprement dite, dont nous avons déjà parlé et la collecte thématique s’intercalent deux chapitres sur le judéo-espagnol et sur son Refranero. Le premier souligne, à côté du tronc commun, les différences géographiques (la haketía du Maroc, plus ressemblante à l’espagnol qui l’irrigue par la proximité des presidios, Melilla et Ceuta) et sociales (le parler des couches pauvres empruntant davantage, dans l’Imperio, au langage populaire grec et turc que celui des couches plus favorisées, éduquées souvent dans les Écoles de l’Alliance Israëlite Universelle). Quant au second, sur le Refranero, Luis León le conclut sur ces mots : “Dans l’emploi du refranero sefaradi, la langue parlée se fait presque métaphorique et bien que beaucoup de ces (proverbes) soient équivalents presque identiques à ceux d’autres cultures, analysés dans leur ensemble ils laissent entrevoir une sorte de “radiographie” de la vie quotidienne de cette communauté”. Peut-on dire avec plus de délicatesse que si les trésors de proverbes et d ‘expressions traditionnelles de toutes les nations sont égaux en dignité celui-ci du moins, c’est le nôtre ?
Et pour finir cueillons dans le désordre quelques unes de ces richesses :

- Ken se akema en la shorba asopla en el yogourt p. 100
Qui se brûle avec la soupe souffle ensuite sur le yaourt.

- Shastre jaragán, kuando pedre la alguya, kuando el dedal p. 105
Le tailleur paresseux, quand il ne perd pas l’aiguille c’est le dé.

- Mas vale que mos ver el marido kagando ke panoniando p. 73 que Luis León traduit pudiquement : mieux vaut que le mari nous voie soulageant le ventre que nous gorgeant de nourriture” et commente ainsi : conseille aux épouses de ne pas laisser voir au mari certaines faiblesses comme la gourmandise.

- Asta que al riko le viene la gana, al povre le sale el alma p. 92
jusqu’a ce l’appétit vienne au riche, le pauvre a le temps de rendre l’âme.

- makarron fuido de la caldera p. 78
Macaroni échappé de la marmite Et Luis León d’éclairer cette image lapidaire : Au jeune qui se mêle à une conversation quand lui manquent encore des connaissance sur le sujet.

- Este arroz ieva muncho kaldo p. 36
ce riz-là comporte beaucoup de bouillon. Sur une affaire qui nécessite beaucoup d’efforts et de temps pour donner de résultats.

- Djojà antes de kasar merkó la cuna p. 136
Djoja sans attendre de se marier a acheté le berceau.

- Ken tene teyado de vidrio ke no eche piedras al vizino p. 88
Que celui qui a toiture de verre ne jette pas de pierres au voisin ;

Merci à Luis León qui, lui, conclut ses “agradecimientos” remerciements en disant al Dio grande, por haberme dado salù i vida para escribir y gozar de este libro.

Roger Akriche
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