Guia Judía de Mallorca - Josep Francesc Lopez bonet

En espagnol ; Guide juif de Majorque
2004,142 p, Lleonard Muntaner editor
c/ de Joan Bança 33, 07007 Palma

ISBN 84 96 242 35 8

Sous le patronage de l’Institut pour les relations culturelles Baléares-Israël l’auteur, historien des Îles publie un très intéressant guide juif de Majorque, la plus importante des îles de l’archipel des Baléares.

Soigneusement édité, avec plusieurs plans et gravures il s‘agit d’un livre qui invite à la promenade et au tourisme culturel mais qui va bien au delà puisqu’il retrace toute l’histoire juive de Majorque jusqu’en 1435.

Si la bibliographie sur le marranisme majorquin et sur les chuetas1 est abondante les ouvrages sur la période juive sont encore très peu nombreux. On trouvera d’ailleurs en tête de l’ouvrage une bibliographie critique des ouvrages relatifs à ces sujets.

Grâce à quelques pierres tombales, on peut faire démarrer l’histoire documentée des juifs majorquins aux premières années de l’ère chrétienne. Il y a une première période de développement jusqu’aux V° et VI° siècles mais on peut dire que l’absence de rattachement de ces îles à un royaume comme celui des wisigoths ou des arabes qui en font la conquête en 902-903 explique le manque d’informations sur les implantations juives. C‘est à partir de 1229, quand les catalans font la conquête de l’île que nous pouvons véritablement écrire l’histoire de ces juifs. Les deux questions fondamentales sont alors la coexistence juifs-chrétiens et l’intégration des juifs comme membres à part entière d’une société en cours de formation.






Dans le Moyen Âge européen le XI° siècle est traversé par l’esprit de croisade qui est loin d’être favorable à la présence juive. Mais nobles et rois voient dans le maintien des communautés juives la garantie d’obtention de crédits et d‘administrateurs qualifiés. C’est pourquoi au XIII° sous le règne du grand Jacques 1er s’ouvre un temps de grand épanouissement pour ces juifs qui vivent au milieu d’une société chrétienne, pratiquent le commerce sans limitation et occupe des charges officielles. A la fin du XIII° on considère qu’ils ont acquis un rang trop élevé et on commence à prendre des mesures limitatives. On crée le call ou judería où ils sont obligés de résider. Les difficultés économiques de la faible monarchie de Jacques II expliquent la conversion de 1315, la fermeture du call, la confiscation des biens échangée contre une amende qui sera payée en douze annuités.

En 1325 les juifs de Majorque sentent d’ailleurs le besoin d’obtenir la confirmation de leur appartenance au royaume majorquin et des privilèges accordés un siècle auparavant. C’est ce  qu’ils réclament.

Sous le règne de Pierre IV d‘Aragon (2e moitié du XIV° siècle) les juifs deviennent des intermédiaires financiers ou des collaborateurs scientifiques du Roi qui les protègent d’où une certaine implantations dans plusieurs petites de l’île en dehors de la capitale. Mais finalement les problèmes économiques et l’exacerbation religieuse provoquent l’attaque du call en 1391 et la fin de l’aljama en 1435.A ce moment on peut estimer la population juive de Majorque à 1000 personnes soit le 4 % à 5 % de la population totale.






Iya kasada, sien novios a la puerta
la fille mariée, cent fiancés à la porte

Ken dize la vedrà, piedre la amistà
qui dit la vérité, perd l’amitié

Aleyaté de vizino malo
éloigne toi du mauvais voisin

in Refranes y expresiones sefaradíes de Luis León, voir compte rendu pages 13-14

L’auteur nous invite alors à deux belles promenades historico-culturelles dans Palma. Il nous raconte l’histoire du call et des synagogues construites puis détruites ou transformées en églises. En fait peu de traces matérielles mais beaucoup de souvenirs émouvants surtout lorsqu’on évoque les personnages les plus illustres de cette brillante communauté : par exemple Isaac Nafuci et Ephraim Belleshoms, mathématiciens et constructeurs d‘instruments nautiques, et astronomiques qui œuvrent en 1359-1362 et 1365 pour Pierre IV, et Yudah Léon ben Mosconi né en Bulgarie en 1328, grand voyageur européen qui s’installe à Palma en 1363. Il sera médecin et philosophe et à sa mort en 1377 il laisse une importante bibliothèque où se mêlent les œuvres d’Aristote, Hippocrate, Prométhée ainsi que tous les grands écrivains juifs et arabes des XII° et XIII° siècles. Citons également Simon Ben Zemah Durán, médecin et savant très connu comme les Cresques. Né en 1361 dans l’île ce fut un écrivain prolifique. Il échappe au massacre de 1391 et en compagnie de son frère et de son père il se réfugie à Alger où élu rabbin il est le refondateur et l’animateur de la communauté. Il meurt en 1444 et c‘est son fils Salomon ben Simon Durán qui lui succède. Bien entendu il faut rappeler l’école de cartographie illustrée par Abraham Cresques et l’Atlas catalan dessiné en 1381 que possède aujourd’hui notre Bibliothèque nationale à Paris. Son fils Jafuda poursuivit son œuvre sous la protection de Jean 1er, roi de Majorque puis sous celle de l’Infant Henri le Navigateur dans le cadre de l’école portugaise de Sagres.

En résumé un ouvrage utile qui se lit facilement en espagnol et dont il faut espérer que la traduction en français verra le jour rapidement.

                Charles Leselbaum
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