Réponse ouverte à Jean-Yves Laneurie

Réponse à la lettre ouverte de Jean-Yves Laneurie, Lettre Sépharade n°48 de décembre 2003
Au travers d’un hommage justifié et appuyé, rendu au travail de votre ami Jean Carasso, vous évoquiez un coureur de fond solitaire. Avec un immense tact et quelques notes poétiques, vous relatiez des détails touchants que nous, lecteurs, avons découverts avec une infinie émotion. Le rédacteur, signataire de nos quatre numéros annuels, avait su rester discret sur son épopée personnelle, le plus souvent méconnue de son destinataire. À revenir sur l’histoire de chacun d’entre nous, devait-on oublier la sienne ? 

Derrière votre tendresse avérée au fil de ce texte, nous partagions votre inquiétude : voir La Lettre Sépharade s’évanouir au fond de la belle Provence laisserait ainsi nos boîtes à courriers languides, orphelines de nos édifiants et tant attendus quatre rendez-vous annuels. Tout autant que nos cœurs, soit-il dit.       

La Lettre Sépharade, à sa façon, n’a-t-elle pas généreusement fédéré un renouveau culturel ? N’a-t-elle pas constitué une subtile résurrection des valeurs ancestrales perdues, lâchées et affaiblies par nos exils successifs ?  

Selon la tradition, sagesse et philosophie sont aux mains des bergers d’Israël, souvent seuls face aux étoiles. Il n’est de sagesse que celle de la réflexion à l’action, dit-on. Jean ne s’est donc pas résolu, dans son écrin de verdure, à ne “regarder que les étoiles du ciel”. Notre berger au pied sûr a finalement repris sa route.




Amarrée pour la seconde fois, la péniche des Carasso1 a embarqué son capitaine et le mousse que je suis volontiers devenue. 

Seule à bord avec mon conseiller avisé, cet excellent polygraphe, je fus sur la péniche un convive estimé, sans prérogative, néanmoins légataire de cette culture d’entreprise au panel à ce point pluriel. 
J’ai découvert, au fil de l’eau et de nos rencontres en tout lieu, l’autre versant de La Lettre Sépharade, les coulisses de l’atelier.   

Pour rejoindre l’ouvroir, il me faudrait seule bâtir mon questionnement et maintenir le niveau de cet artisan confirmé de la recension de nos littératures et itinéraires. Les questions débattues prescrivaient une étude. Graduellement, les informations ont nourri les nombreux détails qu’il me faudrait instruire et garder en tête. Je savais que rien ne me serait acquis, et rien ne l’est en effet. 

Néanmoins, ayant hésité à prendre le relais compte tenu du niveau atteint, je n’ai pu me résoudre à la disparition de La Lettre Sépharade. C’est pourquoi je me joins à Jean pour son maintien parmi les périodiques et nous vous annonçons donc notre officielle collaboration. J’ai pleinement conscience du travail requis dans ce dessein, mais puisque la plume et la confiance de La Lettre Sépharade me sont accordées, je me dois de vous en décrire les motifs.
Trois étapes clé déterminent mon immersion dans la culture sépharade. 

La langue avec laquelle j’ai grandi, l’assise académique que je lui ai donnée, puis cette troisième étape que je partage désormais avec vous : le moment tant attendu de sa prolixité et de sa diffusion. Pour réaliser ce projet, nous comptons sur votre aide et votre appui, qui seront précieux pour notre commune satisfaction.

De longues heures durant nous avons évoqué ces Carnets de Voyages au cœur de notre fleuron commun : l’histoire du Séphardisme dont Jean me confie aujourd’hui l’intarissable récit et la prodigieuse recension.

Nos affinités esquissées nous ont réjouis. C’est souvent par des accointances affectives et culturelles que se forgent les alliances. Elles nous permettent maintenant de planifier des projets porteurs d’avenir.  

La Lettre Sépharade a été une belle aventure, elle le reste. Mon très grand bonheur est aujourd’hui, conjointement à Jean, de pouvoir vous annoncer que cette aventure est “assurément” pourvue de lendemains, selon notre volonté forte. Vous l’aurez compris, une telle union est un voyage auquel nous vous convions. Puisse-t-il trouver grâce à vos yeux. 

Linda Toros
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