La Rezistensia i los djudios de la Makedonia - Jamila Andjela Kolonomos

En judeo-espagnol, La Résistance et les Juifs de Macédoine Skopje 2007 
Chez l’auteure Jamila Kolonomos, Partenie Zografski 83a  Skopje Macédoine 91000
233 pages
ISBN 978 9989 2741 0 7

Depuis bien des années l’auteure, une des rares rescapées de la Shoah à  Bitola (Monastir), Skopje, et de Macédoine en général, lutte avec une superbe obstination pour faire connaître le sort des Juifs de son pays (partie de la Fédération Yougoslave a l’époque mais comportant ses fortes spécificités), tous déportés à Treblinka, camp de radicale extermination et assassinés le 5 avril 1943 : 7148 personnes de  Bitola, Skopje et Stip préalablement rassemblées dans l’entrepôt de tabac Monopol à Skopje Les vainqueurs et occupants allemands avaient “offert” la Macédoine et la Thrace à leurs alliés bulgares, et ceux-ci montrèrent un acharnement particulier à l’élimination physique des Juifs. Les seuls qui échappèrent furent ceux qui avaient pu entrer précédemment dans la Résistance urbaine, puis armée, dans les maquis.

C’est le cas de Jamila qui raconte, avec courage et obstination, ce que fut la Résistance des Juifs s’insérant dès 1941 dans les réseaux de Résitance nationale contre les Allemands et les Bulgares. Son travail est d’autant plus intéressant, au plan historique, que là aussi s’insinue un certain révisionnisme qui tend à occulter cette Résistance dans ses dimensions spécifiques.

Depuis des années, en des récits parcellaires parus dans notre publication et dans d’autres : Aki Yerushalyim et Los Muestros, Jamila a raconté divers épisodes.

Le présent livre consttitue une synthèse détaillée de ces travaux, où sont cités des noms, des dates, des faits précis comme la formation 
successive de diverses unités de combat, avec lieux et dates.




L’ouvrage comprend deux parties principales :
la première est faite de récits courts, d’épisodes marquants de cette résistance aux occupants, dans lesquelles Jamila raconte sa propre action parmi celles de ses camarades morts au combat ou ayant survécu, dont elle cite chaque nom, de peur que l’Histoire les oublie. L’épisode le plus frappant, rapporté par elle-même dans la Lettre Sépharade n° 32 de 1999 est celui où, en février 1944, harassés, affamés jusqu’au stade des hallucinations (Jamila est envahie d’une odeur de viande d’agneau grillée…), échappant à l’ennemi qui les poursuit, fuyant vers la Grèce pour se rapprocher de la zone libérée par les maquisards de ce pays, sa petite unité est contrainte, par une marche de cinquante heures dans le froid et la neige, de traverser à gué un petit cours d’eau, armes et vêtements au dessus de la tête et où elle, Jamila, l’eau jusqu’à la bouche se voit submergée dans l’instant qui suit, mais dégoupille sa grenade pour se suicider, ne pas tomber en mains bulgares et être assurément torturée (pages 74 et 75). Alors que deux collègues se noient, emportés par le courant, elle est sauvée in extremis. Son chef Chede Filipovski, déjà passé et rhabillé, se retourne, la voit, lui intime l’ordre d’attendre un instant, repasse le cours d’eau, la charge sur ses épaules et lui fait franchir l’obstacle. Elle et son sauveur - comme elle écrit - courent pour rattraper le gros de la troupe ! C’est un épisode très fort, rapporté avec une belle sobriété.

En seconde partie, elle présente une chronologie des événements les plus saillants de la guerre au sein desquels elle insère les faits d’armes locaux: à telle date, formation d’une nouvelle escouade dont le chef désigné est X (homme ou femme d’ailleurs, elle même a terminé la guerre avec un grade élevé, multidécorée, ayant plusieurs fois encore échappé de très près à la mort).

Ultérieurement elle poursuit son travail pieux en citant, dans un index, le nom de chaque combattant de Monastir, sa ville, qu’elle connaît évidemment le mieux.1 

L’auteure rappelle ensuite les faits d’armes et les noms des combattants juifs de Skopje et Stip et de Macédoine en générale.




Le livre se referme sur un épilogue de Simon Wiesenthal, lequel est repris d’un ouvrage précédent. 
Sur les fonds en déshérence et après des années d’obstination, la petite communauté juive reconstituée de Skopje a obtenu la création d’un complexe culturel juif polyvalent. Ce centre  toujours en cours d’édification, sera doté d’un musée, d’une synagogue et même d’une petite hôtellerie pour accueillir les visiteurs de passage.

Soyez tranquille et que vos nuits soient sereines, Jamila : vous avez doublement accompli votre devoir, une fois il y a plus de soixante ans en combattant les armes à la main, risquant maintes fois votre vie, et de nouveau avec ce livre en honorant la mémoire de tous vos camarades, les seuls survivants juifs de la Macédoine. 

Mais… il y a un mais : laissons l’auteure l’expliquer, dans sa langue. À la fin de la guerre : “…Kon mucho entusiazmo kontinuimos a lavorar pensando ke las negreguras kontra los Djudios es el pasado ma sin los olvidar ! Se stan amostrando muevas formas de vandalizmo i antisemitizmo. Aki a la Makedonia mucho tyempo stavamos siguros ke el fachizmo no tyene raizes. Mos enganyimos !…2

Jean Carasso
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