Die Wannsee-Konferenz und der Völkermord an den europäischen Juden

En allemand, La conférence de Wannsee et le meurtre de masse du judaïsme européen, 2006
Haus der Wannsee-Konferenz - Am Großen Wannsee - 56-58, D-14109 Berlin
Fax 49 30 80 50 01 27, info@ghwk.de, www.ghwk.de
Catalogue de l’exposition largement illustré de photos et cartes. Un CD-Rom est joint. www. ghwk.de, 204 pages, ISBN 3-9808517-4-5
Une édition allégée, en anglais, vient de paraître

Ce catalogue somptueux est celui de l’exposition permanente organisée par les pouvoirs publics à propos de la “solution finale” - plus clairement l’extermination radicale des juifs d’Europe décidée par les autorités allemandes dans la journée du 20 janvier 1942 et les suivantes.

Le remarquable, qui nous incite à en rendre compte ici, est que cette présentation exhaustive et soignée, peut-être la meilleure qui existe,

        - soit réalisée en Allemagne et exploite nombre d’archives allemandes peu connues. En ce sens elle est la seule au monde (Washington, Israël, Paris etc) à exposer les faits du point de vue même de ses organisateurs et non essentiellement du point de vue de ses victimes rescapées. C’est novateur et bouleversant.

- se tienne justement au château de Wannsee, dans la banlieue de Berlin, lieu dans lequel fut précisément organisée cette conférence.1
Nous tenons à saluer ce panache, cette réussite symbolique et à honorer ses organisateurs.


Qu’on veuille bien pardonner le rappel suivant, pénible à lire :

Le massacre des juifs d’Europe avait déjà commencé au démantèlement de la Pologne lorsque plus tard, sur les talons des troupes de première ligne envahissant l’Europe de l’Est, en automne 1941, des groupes organisés de policiers et assimilés - parfois simplement membres de la Wehrmacht, l’armée allemande2 -  les Einsatzgruppen fusillaient des populations  juives entières de villages qu’ils avaient regroupées à la hâte. Quelquefois la “tâche” était accomplie par des pelotons d’exécution devant des fosses qu’on avait contraint des juifs à creuser (voir photo page 61), mais quelquefois par des individus, d’une balle dans la nuque de chaque homme, femme, enfant qui fréquemment ne mouraient pas instantanément.3

Le “rendement” était médiocre et le “travail” éprouvant pour les opérateurs.4 De même lorsqu’apparurent les premiers camions dans lesquels on faisait monter des malheureux, et qui, moteurs tournant, rejetaient à l’intérieur du véhicule les gaz d’échappement. Cela immobilisait trop de camions… et, dans les deux cas, les réclamations remontèrent jusqu’au sommet de la hiérarchie, jusqu’à Himmler.

Ce qui précède concerne des villages et des petites agglomérations. Dans les grandes, Vilna, Cracovie etc le plus souvent, les juifs furent d’abord enfermés dans des ghettos clos et déportés en masse plus tard, lorsque l’extermination industrielle fut organisée.5 Mais pas à Kiev (voir note 6 ci-contre).



Il faut rappeler ici qu’en quatre mois de l’automne de 1941 et du début de 1942 plus de juifs furent assassinés ainsi, qu’au cours de toutes les années de son existence au camp d’Auschwitz-Birkenau.7  C’est pourquoi  la carte de l’Europe occupée figurant en page 124 recense sipeu de juifs déportés des territoires de l’Est : ils n’étaient déjà plus en vie !  


D’où le besoin de s’organiser mieux et plus systématiquement. Ce fut le but de cette réunion d’état-major nazi à Wannsee le 20 janvier 1942 et les jours suivants. Contrairement à ce que l’on répète fréquemment sur le sujet, ce n’est pas à Wannsee que fut prise la décision d’exterminer tous les juifs d’Europe puisqu’en janvier 1942 la moitié de ceux qui perdirent leur vie au cours de la Choah étaient déjà morts.

L’exposition permanente, s’étend sur 15 salles, y compris le salon, ici photographié (n° 9 sur le plan) dans lequel la conférence elle-même se tint.
Elle propose un ordre chronologique dans lequel une dimension régionale intervient nécessairement : si au cours des mêmes semaines de 1942 tels événements, rafles etc. se produisent en France et en Macédoine ou ailleurs, il faut bien exposer les faits par pays ou régions. Mais le recueil ne consacre pas une étude à chaque pays : le choix est emblématique de situations différentes : France, Bulgarie, Allemagne. Il ne manque jamais de mentionner, photographies à l’appui (page 127 par exemple, un policier parisien lisant un texte, souriant côte à côte  avec un SS Oberscharführer) l’aide reçue de “collaborateurs” locaux. Parfois dans les pays de l’Est, plus que l’aide hélas…
Le parcours commence avant même “Intégration et antisémitisme dans la République de Weimar”, se poursuit par la systématisation de la politique raciste au cours des années 1933/39, formation de la jeunesse à l’idéologie etc. et les assassinats dans l’Europe de l’Est à mesure que les troupes allemandes y pénétraient.

Il s’agit d’un travail collectif et de nombreux chercheurs et historiens y ont participé, qui signent chacun leur contribution.

La première page de couverture est une photo de la liste des dignitaires présents à cette conférence, la dernière est la reproduction d’une liste allemande, pays par pays européen des juifs y vivant, soit 11 millions de personnes. A noter que sous alinéa B sont placés des pays que les Allemands n’occupèrent pas : Portugal, Grande-Bretagne, Irlande, Suisse, Suède, ou partiellement (URSS 5 millions) mais aussi Croatie, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Hongrie.

Juin 1944, convoi de déportation en formation à Körmend, en Hongrie


Chaque séquence est illustrée de documents généraux et de photos particulières (“madame X, née le… et ses trois enfants, déportés le…”), et ceci est de très bonne pédagogie maintenant retenue partout : derrière les nombres considérables, abstraits, étaient des individus.

Une description détaillée est présentée, avec documents et photos, pour chaque camp d’extermination et, plus connus cette fois sont présentés des documents sur le Procès de Nurenberg, ainsi que des photos de rescapés visitant cette exposition à Wannsee.

Il s’agit d’une somme ! Un voyage à Berlin est maintenant indispensable pour visiter à la fois cette exposition et le nouveau musée juif qui vient d’ouvrir ses portes bien que le construction en ait été achevée depuis des années.

Jean Carasso
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