Dialoghi Mediterranei - Miriam Meghnagi

2004, cirmi.mus@email.it

On pourrait assimiler la trajectoire de Miriam à celle d’un électron libre poursuivant sa course autour du chant judéo-espagnol classique1 et l’élargissant aux confins de la Méditerranée dans le cadre de son inspiration, de sa culture créatrice.

Car Miriam est une compositrice interprète polyglotte. Comment ne pas être impressionné par la succession chantée des poèmes, psaumes et prières en araméen, hébreu, judéo-espagnol, et judéo-arabe de Tripoli, sa ville ?2

Son premier disque de 19873 avait été enregistré au très beau petit théâtre baroque Goldoni de Livourne où j’ai eu la chance de l’entendre il y a quelques mois dans un répertoire judéo-espagnol, mais hélas avec de déplorables conditions sonores qui n’étaient pas de son fait.

Ce disque-ci comporte deux ou trois chants en judéo-espagnol (plage 1, le classique Morena et 8 : Juegos de siempre, jeux éternels, chant nuptial qui m’était totalement inconnu et, partiellement seulement dans la langue, la 9 Ya Babur), les autres en hébreu, araméen et judéo-arabe de Tripoli. La plupart sont de la composition de Miriam, à partir d’épisodes bibliques ou non.

Je ne puis les commenter tous dans ce cadre mais ceux qui ont le plus retenu mon attention sont d’abord ceux chantés a cappella, mettant le mieux en valeur la voix, par exemple le Kiria ya memti, chant de nostalgie composé en hébreu reprenant  un texte ancien. Le Itkaddash partiellement sur les versets du kaddish, superbe et déchirant, composé “à chaud” par Miriam le soir même de l’attentat du 11 septembre 2001. L’accompagnement est discret et même pas indispensable à mon sens. Je prétends que cette création vaudrait d’être chantée en synagogue, je ne sais si un hazan4 y a pensé !


Le morceau suivant, Esa ’Ena a été composé à partir du psaume 121 à la date anniversaire de cet attentat, une année après. La voix ressort superbement ici sur une très subtile basse continue vibrée en guitare, violon et harmonium. Le milieu du parcours fait penser à un émouvant appel du shofar5. L’étendue du registre vocal de Miriam se manifeste librement, et le saut d’octave est assez impressionnant ! 

Ces qualités s’expriment aussi avec nostalgie, maîtrise et retenue dans Ya lali composé en honneur et souvenir d’amis et parents lointains ou perdus, en judéo-arabe de Tripoli. Beaucoup de dignité, de retenue, d’understatement dans ce morceau chanté a cappella. La qualité de l’expression, la modulation de la voix s’expriment ici pleinement.

Shirat Miriam est le cantique de Moïse célébrant le passage de la Mer Rouge (Exode 15 II) chanté en hébreu de style yéménite.

C’est un lancinant et superbe cri d’espoir qui offrait d’ailleurs son titre au disque précédent, et que Miriam a repris ici à juste titre : c’est très impressionnant et fort !

La prise de son est à la hauteur bien que non réalisée en studio.

Miriam Meghnagi maintient, élève et valorise une tradition de haut niveau ! Qu’elle poursuive !

Jean Carasso

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