Anna, une histoire française - Rosie Pinhas-Delpuech

2007, Editions Bleu Autour, collection, “D’un lieu à l’autre”, 11 avenue Pasteur 03500 Saint-Pourçain-sur-Sioule,
199 pages ISBN 13 : 978-2-9120-1960-8


Sur toile de fond historique, un scénario affectif s’articule autour de la langue française et de l’acculturation. 

Des protagonistes très charismatiques et déterminés affirment, dans une grande indépendance, leur identité et leurs convictions. Ce roman est une boucle qui commence et termine par la mort, pour autant le livre est une réflexion sur l’identité et la relation au culte.

A la lumière des écrits que la narratrice possède : un journal intime, une correspondance, des papiers d’identités1, une liste d’effets personnels, une inscription d’Anna au bic rouge sur des actes de baptême “j’ai assisté à la messe avec André” ; elle découvre vies, ressentis et se questionne sur le sens identitaire après de tels parcours. 

Autant d’ingrédients qui font de ce roman une épopée au trajet original, auquel nous avions déjà goûté dans “Suite Byzantine” que nous commentions dans la LS n° 47. L’importance donnée à l’écriture, à l’inscription notée  ou manquante, lui font souvent déplorer au fil des pages, le manque de sources2 sur les époques et les occurrences évoquées. 




Elle fait le choix lexical de l’hébreu pour dépeindre ses replis des consciences. Lorsqu’elle juxtapose sa désorientation personnelle à la perte de repères dans lieux et espaces elle a recours au turc. Langue administrative du berat3, du defter4 nous visitons, sur ses papiers, la mention musevi5  qui cloisonne sa relation avec la communauté turque. 

L’immédiateté de cette culture ne résiste pas à sa “conversion linguistique” au français. Empreinte d’affectivité et d’émotion, la langue paternelle qu’elle compare à de la musique, s’impose, par opposition à la “langue fossilisée6” peut-être difficile à porter.

Son apprentissage du français devient un rite de passage vers un autre monde qu’elle construit dans sa tête d’enfant. Alors qu’elle recherche le lieu de toutes les neutralités, cette langue vierge de souvenirs, indolore et prometteuse s’annonce être le décorum culturel de son Paris imaginaire.
Enjointe de se maintenir dans le dogme juif bien qu’elle portât l’uniforme catholique, elle vécut son entrée dans la langue comme un  enveloppement de la chrétienté dont elle aima la rigueur et l’interdit.

Dans sa quête des similitudes et des recoupements, incontestables, on peut regretter une certaine vision manichéenne réalité/imaginaire, vivant/mort, schisme/correspondance; notamment ce biculturalisme familial franco-allemand vécu comme un champ antagoniste. 

L’auteur a puisé avec honnêteté dans ses propres archives pour construire le récit de cette épopée familiale et personnelle. Le roman se referme sur des paroles de reconnaissance et de gratitude envers une amie regrettée et encourageante. 

Le lecteur souffre d’un descriptif écourté de cette relation, mais Rosie Pinhas-Delpuech ne saurait rendre silence à sa plume  aussi sincère.

Linda Toros
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