Los Judíos de Tetuan - Jacobo Israel Garzón

En espagnol, Les juifs de Tétouan
2005
Hebraica Ediciones, Madrid
libreriahebraica.com
Tél. 00 34 91 3509710
263 pages

ISBN 84-609-4208-2

Jacobo Israel Garzón, Président de la Communauté Juive de Madrid et directeur de l’excellente revue Raíces vient de nous donner un livre qui manquait cruellement, une histoire des juifs de Tétouan.

Vieille communauté d’origine espagnole, son extension a suivi les avatars des juifs du royaume de Grenade et des expulsions d'Espagne en 1492 et du Portugal en 1496. Dans l’histoire des relations judéo-espagnoles, cette petite ville et ses habitants ont joué un rôle de première importance, puisque c’est sa conquête et son occupation entre 1860 et 1862 qui marquent le début de la reconnaissance du fait séfardite dans la culture espagnole. Cette communauté a pratiquement disparu. Elle a essaimé en Espagne, au Vénézuela, en Amérique latine, au Canada et en Israël. L’Indépendance du Maroc en 1956 fut le début de cette disparition et l’exode n’était pas le fruit d’exactions ou d’actes antisémites. Peut-être qu’une des raisons, c’est la constatation que les juifs tétouanais constituaient une population de formation européenne depuis un siècle ; il y avait des écoles françaises et espagnoles. Dans le nouveau Maroc qui naissait il n’y avait pas de place bien définie pour cette communauté. Le Protectorat espagnol avait terminé la “rehispanisation” de la communauté, et sa transformation en un groupe hispanique. Cet exode eut lieu entre 1950 et 1960.
Après une bonne étude historique élargie à la société juive et à la description de la ville (plans et photos à l’appui) l’auteur s’intéresse à la vie intellectuelle. Si on ne s’étonne pas des nombreux auteurs et œuvres de langue espagnole on remarque avec intérêt le chapitre consacré à l'hébreu bien peu connu et étudié. C’est pourtant dans cette langue que furent écrits et publiés les piyyutim ou poèmes liturgiques, (réservés au shabbat et aux fêtes), les baqashot (poésie religieuse mystique), les tokehot (poèmes d'inspiration morale), les quinot (poèmes de lamentation), les responsas et les exégèses. Les chercheurs trouveront dans ce chapitre une matière raisonnée et riche.

Bien entendu la liturgie judéo-espagnole ne pouvait pas manquer et les originaires de cette ville pourront se plonger dans les délices d’une nostalgie bien compréhensible.

Le livre se termine par un chapitre intitulé “Visions de l’autre” où Jacobo Israel Garzón étudie avec attention les récits de voyage espagnols à Tétouan entre 1912 et 1924, la peinture africaniste espagnole qui s’est beaucoup servi de l’inspiration tétouanaise ainsi que les poésies et romances sur ce thème.

Un glossaire et une abondante et complète bibliographie achèvent ce bel ouvrage qui trouvera sa place naturelle chez tous nos lecteurs originaires de cette belle ville, mais aussi chez tous ceux qui se passionnent pour la culture séfardite.

Josette Gabizon de Leselbaum

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