Franco, Israel y los Judios - Raanan Rein

En espagnol, Franco, Israël et les juifs
1996, Éditions du CSIC, Medinacelli 6
Madrid
348 pages

ISBN 84 00 07604 4

Cet ouvrage précédé d’une belle et intelligente introduction de Shlomo Ben Ami, ancien ambassadeur d’Israël en Espagne et ancien ministre, est le résultat du travail de l’historien Raanan Rein qui est déjà l’auteur d’un ouvrage sur les relations hispano-argentines sous les gouvernements de Franco et Perón. Le titre de l’ouvrage pouvait laisser entendre qu’il s’agissait en partie des relations des juifs et de Franco pendant la deuxième guerre mondiale, alors qu'il s’agit presque en totalité d’un parcours des relations ou de l’absence de relations diplomatiques entre Israël et l’Espagne de 1948 à 1975, date de la mort de Franco.

Les titres des 5 chapitres sont bien éloquents :

Le refus israélien (1948-1949), à l’ombre de l’Holocauste et de l’Inquisition, les raisons de l’hostilité israélienne et ses justifications, le début du changement de la politique israélienne (1950-1952), une initiative israélienne (1953-1956), l’hostilité espagnole (1956-1975) et enfin l’épilogue, le difficile chemin des relations diplomatiques (1976-1986). Que nous apporte ce livre ? Eh bien, un nouveau regard sur l’Espagne de Franco et aussi un nouvel éclairage de la vie ou survie des communautés juives en Espagne entre 1948 et 1986 car bien évidemment la politique espagnole vis-à-vis d’Israël avait toujours ses conséquences sur la vie intérieure du pays.

En 1948, au moment de sa déclaration d’Indépendance, dans les conditions que nous connaissons bien, le jeune État est vraiment courtisé par le gouvernement de l’Espagne républicaine en exil et par celui de Franco. Raanan Rein explique bien qu’entre 1949 et 1950 Franco cherche à tout prix le contact avec Israël pour une reconnaissance internationale qui lui manque tellement. Quatre tentatives seront effectuées :

• Rencontre informelle dans de nombreuses capitales dans le monde entre diplomates espagnols et leurs homologues israéliens.

• Pressions auprès des communautés juives du Maroc espagnol et d’Espagne pour qu’elles réclament le reconnaissance de l’Espagne par Israël.

• Nomination d’un consul général espagnol pro-israélien à Jérusalem en la personne du Duc de Terranova.

• Envoi d’un émissaire spécial en avril 1949 à Tel Aviv pour y rencontrer Walter Eytan, Ministre des Affaires Étrangères.

De plus diverses tentatives sont faites depuis Washington, Paris et Madrid pour faire fléchir Tel Aviv. En particulier on y voit le rôle joué par Daniel François Barukh, président de la petite communauté juive madrilène qui n’hésite pas à suggérer à Tel Aviv l’envoi d’un consul israélien séfardite… conseil que suivront les autorités israéliennes quelques années plus tard en promouvant un Séfardite, Samuel Haddas, ambassadeur officieux puis en nommant Shlomo Ben Ami, né à Tanger, de langue espagnole et de culture séfardite, ambassadeur en titre.

On comprend maintenant que les ouvertures des synagogues de Madrid en 1949 et de Barcelone à peu près à la même époque correspondaient à cette tentative de reconnaissance.

Bien entendu ce souhait de Franco de se faire reconnaître s’explique par le fait que le gouvernement de la République en exil était lui aussi demandeur et soutenu par bon nombre d’Américains ou d’Israéliens qui avaient combattu dans les brigades internationales.

Un bon livre bien documenté qui nous ouvre de nouvelles perspectives. 

Charles Leselbaum

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