Calligraphie hébraïque - Frank Lalou

2004, Éditions Fleurus 
80 pages 
ISBN 2 215 07523 6

Nous avons déjà exprimé l’admiration que nous portions à l’auteur à l’occasion du guide culturel et touristique rédigé par Martine Berthelot et qu’il avait si bien illustré : Routes juives, de Narbonne à Gérone.1

Voici une nouvelle occasion de revenir sur ces graphismes dont nous proposons deux illustrations bien pauvres car non colorées…

 Il s’agit d’une initiation bien sûr, mais de beaucoup plus, car la présentation de cet ouvrage est remarquable, comme était déjà le précédent, dans un format quasi carré, très élégant, réalisation de goût, superbe cadeau à offrir. Frank Lalou est un graphiste, mais aussi un coloriste.

André Chouraqui de Jérusalem a rédigé une courte et très poétique préface.
Tous les systèmes d’écriture nés autour de la Méditérranée, en Mésopotamie par exemple sont basés sur la transcription d’idées en formes pictographiques s’étant progressivement simplifiées vers un alphabet phénicien. C’est celui-ci qui a donné naissance aux lettres hébraïques, grecques, latines et arabes. On sait que les Phéniciens furent de grands navigateurs tout autour de la Méditerranée, éclairant ce qui précède.2





 
L’hébreu carré actuel est déjà fixé au IIIe siècle avant l’ère moderne, de sorte que, par exemple, les manuscrits dits “de la Mer Morte” sont lus de nos jours sans difficulté par un hébraïsant.

Les Juifs étant classiquement considérés comme “le peuple de l’écriture”, Frank Lalou décrit attentivement le rôle très réglementé du sofer, le scribe autorisé à recopier des textes sacrés.

Puis, prenant sont rôle d’initiateur très au sérieux l’auteur recense par le menu le matériel fort modeste indispensable à l’apprentissage : plumes, encres et papiers, puis conseille sur la posture, les premiers contacts, afin de rassurer l’élève en une superbe démarche pédagogique.

Commence alors l’analyse de chaque lettre s’inscrivant dans un carré lui-même divisé en neuf carrés égaux.

Un point peu observé souligné par Frank est que l’écriture de toute lettre dans n’importe quel alphabet se décomposant simplement en droites et courbes souvent en forme de virgules, la pratique de ces deux gestes en principe simples ouvre aussi vers les autres écritures : grecques, latine et arabe, cette dernière, comme l’hébraïque se pratiquant de droite à gauche.
Commence alors l’analyse différentielle des divers alphabets, débutant par une création synthétique que l’auteur appelle lilmod-Lalou (la racine hébraïque lmd signifiant “étude”). Pour chaque lettre, la difficulté est expliquée.


Puis l’auteur expose le Qumram (celui des manuscrits de la Mer Morte) très dépouillé, simple à reproduire. Le Catalunya est celui de la célèbre Haggadah de Sarajevo composée en Catalogne vers 1314 et partie en exil, l’une des plus belles écritures connues - selon l’auteur. Quelques enluminures de ce fameux chef-d’œuvre sont reproduites au passage.
Frank figure ensuite un alphabet eshkenazi dans la grande tradition des sofer de cette culture, puis le sefardi illustré ci-contre.
Suivent Dorah et Léa, hommage à sa famille, graphies achkénazes aux formes arrondies, plus faciles et rapides à tracer que l’hébreu carré, toutes deux communément pratiquées en Israël.
Et Frank, pour terminer, s’offre le plaisir de présenter deux planches alphabétiques de sa composition, dédiées à des amis proches, puis des reproductions, à l’échelle réduite de grandes planches 56 x 76 cm constituant de véritables tableaux à partir d’une ou plusieurs lettres mêlées.

Grand merci à l’éditeur qui consenti à l’auteur toute la place nécessaire pour développer son talent et son élégance. Un petit bijou, à offrir d’urgence… même aux non-hébraïsants bien sûr !

Jean Carasso


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