The Mauritian Shekel - Geneviève Pitot

En anglais : L'histoire des juifs détenus dans l'île Maurice de 1940 à 1945
1998, Editions Vizavi
29 rue Saint Georges, Port-Louis Île Maurice
ISBN 99903-37-12-8

Ma fille, en vacances, à l'Île Maurice, est tombée tout à fait par hasard sur ce petit livre et me l'a rapporté, pensant qu'il m'intéresserait.

Ce fut le cas, à tel point que j'ai voulu le partager avec les lecteurs de la Lettre Sépharade. Il est étrange qu'après 60 ans, certains épisodes de la Shoah nous soient encore à ce point inconnus : 1600 Juifs ont en effet été retenus prisonniers pendant plus de quatre ans dans une prison de l'Île Maurice. Un certain nombre sont enterrés là-bas, et chaque année une cérémonie réunit en Israël les survivants de cette aventure que l'Histoire (à ma connaissance) a ignorée.

Nous devons ce récit, écrit à l'origine en français, à une ingénieure native de l'Île Maurice. Adolescente à l'époque des faits, Geneviève Pitot a voulu rendre hommage à une artiste allemande1 internée à Maurice, qui a eu, quelques mois, l'autorisation d'ensienger le dessin aux élèves du lycée. Devenue ingénieur, Geneviève Pitot n'a jamais oublié. La retraite venue, elle a retrouvé en Israël le fils de cette femme et d'autres survivants, avec lesquels elle a composé un récit précis et complet de ce séjour forcé dans l'Océan indien.

Fin 1940, 1600 Juifs sont partis de Vienne et Bratislava pour rejoindre la Palestine. Arrivés à Tulcea (Roumanie), ils ont embarqué sur l'Atlantic, mais les Anglais ne les ont pas laissé débarquer à Haïfa. Après plusieurs semaines d'errance, les réfugiés ont finalement été conduits à l'Île Maurice, sous domination anglaise, et enfermés dans un pénitencier où ils sont restés jusqu'en mai 1945 !




Ils avaient fait escale à Istanbul le 11 octobre 1940, jour de Yom Kippour, et avaient été chaleureusement accueillis par la population juive de la ville. Ils ont pu se réapprovisionner, envoyer des lettres, et pour beaucoup, ce fut le meilleur moment du voyage... Est-ce là qu'ont embarqué les trois "Turcs" qui figurent dans les statistiques du camp, et dont l'un au moins, Armand Covo, est enterré à Maurice ? 2

Après la guerre, les réfugiés ont compris qu'ils avaient échappé à la déportation et à la mort. Mais ces quatre ans et demi passés dans des cellules insalubres et sans aucune nouvelle du monde extérieur n'avaient rien d'un séjour d'agrément.

C'est grâce à des témoignages de ce genre - et au hasard qui les place entre nos mains - qu'on mesure, au delà des six millions de morts, que le monde entier se transforma peu ou prou, et il n'y a pas si longtemps, en une immense prison pour les nôtres.

Brigitte Peskine

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