El Olivo, documentacion y estudios para el dialogo entre judios y cristianos

Documents et études pour le dialogue entre juifs et chrétiens. 2003 Madrid
Hilarion Eslava 50 28015 Madrid
ISNN 0211-5514

La revue semestrielle rédigée en espagnol "el Olivo", sé présente sous la forme d'un petit livre de 125 pages. Elle est consacrée au dialogue entre juifs et chrétiens. Son caractère scientifique paraît démontré par la participation de plusieurs universitaires.

Comme le rameau d’olivier de la colombe, ses articles sont autant de messages de paix que le christianisme moderne envoie au judaïsme. L’évocation de ces deux articles restituera la volonté d’objectivité de la publication.

I- « Nouvelles informations sur la judería de Villalpando : les activités de bailleur de fonds, le quartier et la synagogue », Inocencio Cadiñanos Bardeci, p. 15-28.

Villalpando se situe non loin de Zamora, sur la route royale entre Madrid et la Coruña. Sa situation favorisa les activités commerciales avec l’implantation d’une communauté juive et de quelques mudéjars1. L’auteur nous livre des informations sur les juifs de la ville au XVe siècle qu’il a extraites de diverses sources :

En février 1436, une personnalité locale catholique, María Solier décède. Elle laisse un testament dont la précision comptable prouve sa volonté d’équité. Ses biens meubles et immeubles devront être vendus pour permettre le remboursement des emprunts qu’elle a contractés auprès d’une maure et de beaucoup de juifs et de chrétiens. Dans la liste fournie on lit par exemple : Salomon, juif tailleur, 28600 maravédis ; Jacob Aben Mayor, 16492 mrs ; Fierro, maure bijoutier, 7500 mrs ; Jacob de León 5762 mrs ; Abraz Cabeça, 12 mrs.

En février 1435, le comte de Haro prend possession de la ville. Il s’empresse de visiter la synagogue où l’accueillent Raby Salamón, don Yaco Galochero et d’autres « bons juifs ». Il garantit que, moyennant la poursuite du paiement des droits, taxes et impôts, les juifs pourront continuer à pratiquer leurs usages. En 1470, son successeur, Pedro Fernández de Velasco renouvelle cette promesse.




Suivent d’autres informations sur les juifs de la ville ; ils font le  commerce de la laine, ils pratiquent le prêt d’argent, ils sont  médecins, tondeurs, marchands de fer, propriétaires immobiliers. Au, moment de l’expulsion, débiteurs et créditeurs s’emploient à solder les comptes.

Les juifs auraient d’abord habité à l’extérieur des murailles, puis seraient entrés à l’intérieur. Le quartier juif était au nord, à côté de la forteresse. La vieille synagogue se trouvait dans la rue Miraflores. Le 29 juin 1492, juste avant l’exil au Portugal, les Mayor, Mella, Rabinda, Valeganon, Bellecid, Cocion, Maimon, Avenfion, Job, Miércoles, Soriano, Colodron, Bellemin et d’autres juifs de l’aljama firent donation de la synagogue et du cimetière à la « très magnifique et vertueuse » señora doña Mencía de Mendoza comtesse de Haro.

II- “Conflits intimes dans l’âme des descendants des conversos aux XVIIe et XVIIIe siècles”. Le judaïsme était-il pour tous les nouveaux chrétiens la “Loi dans laquelle ils espéraient vivre et mourir ?” », Michaël Alpert, Université de Westminster, p. 29-53.

Dans la volumineuse bibliographie déjà disponible sur le marranisme et sur l’Inquisition, cet article présente un intérêt particulier : à partir de quelques cas extraits des minutes des tribunaux du Saint-Office, l’auteur décrit l’éventail des troubles que certains “judaïsants” ressentaient un siècle après l’expulsion. Le frère Diogo da Asunção, descendant de nouveaux-chrétiens, déclarait : « la Loi de Moïse est bonne et nécessaire pour le salut des âmes », « Marie ne pouvait pas être vierge ». En route vers les Flandres, il fut arrêté et incarcéré. Il montra alors de nombreux signes de repentir mais en même temps déclara que “Jésus n’était pas le Rédempteur”, que “le Pape n’avait pas d’autorité”. Il fut brûlé à Lisbonne en 1603, plus à cause du risque de “contamination”, que pour ses idées changeantes et superficielles.
Le frère Joseph Diaz Pimienta mène une vie d’aventurier aux Amériques. Il est attiré par la rumeur selon laquelle à Curaçao on reçoit 300 pesos si on se fait juif. Il apprend quelques rudiments des pratiques juives et se fait circoncire. Il tente en vain d’épouser une riche femme juive. Arrivé à la Jamaïque, il revient au christianisme et se flatte d’avoir converti deux enfants juifs. L’Inquisition l’arrête à Carthagène et l’envoie en 1718 à Cadix pour être incarcéré. Il s’enfuit et adresse au Saint-Office des lettres de dénonciation de juifs qu’il avait connus. Arrêté à nouveau à Séville, il déclare à son geôlier qu’il est juif. Condamné au bûcher, il revient au catholicisme, mais refuse la faveur de la strangulation : il est brûlé vif comme juif en 1720. Son parcours intellectuel, marqué par la contradiction, s’explique par son esprit faible et sa vie instable et probablement par sa jeunesse et son ignorance tant du christianisme que du judaïsme.

Lope de Vera y Alarcón n’a pas d’ascendance juive ; c’est un homme d’un haut niveau ; ses longues études bibliques le convainquent de la vérité du judaïsme. Devant le Saint-Office, il déclare qu’il n’est pas judaïsant et que sa démarche est purement intellectuelle, mais il avoue plus tard souhaiter être juif. Il se circoncit dans sa prison. Il est brûlé à Séville le 25 juin 1644. Ses propres inquiétudes intellectuelles, aggravées par l’intolérance du Saint-Office et par l’incarcération, le poussèrent probablement dans des voies psychologiques qu’il n’avait pas sereinement choisies.2

L’auteur conclut sur l’idée qu’être judaïsant n’est pas être juif et que la variété des situations psychologiques s’explique par la variété des biographies.

Denis Aboab
Comments