Jewish life in turkish Buda de Tamás Raj - Péter Vasadi

En anglais  “La vie juive dans la Buda turque” 2003 Makkabi  Szent István krt 11  Budapest - 1055 Hongrie
Fax +36 1354-1561 makkabi@mail.tvnet.hu   96 pages.
 
C’est bien la première fois que nous avons à commenter un livre écrit en hongrois, traduit en anglais par l’éditeur, pour y apprendre que le premier juif documenté à Buda à l’arrivée des Turcs en 1526 était sépharade et se nommait Imre Fortunatus1, préalablement Shlomo Shneor.2
 
Un nombre incertain de centaines de juifs avaient péri durant le siège par les Turcs.3

La famille juive prééminente sur place à cette époque était celle des Mendel.

La présence beaucoup plus ancienne de juifs est documentée déjà sous la dynastie des árpád.4

Militairement battu et quittant (momentanément) la ville, le sultan Suleyman emmena avec lui à Constantinople et ailleurs “ses” juifs, artisans et commerçants où ils maintinrent un moment leurs coutumes. Suleyman avait besoin d’eux, et c’est un exemple d’application du sürgün, traduisons “déplacement incité de populations”, - pratique récurrente au cours des siècles dans l’Empire ottoman - auxquelles il offrait nombre d’avantages tels que des exemptions d’impôts et taxes puis des facilités de logement. Pendant ce temps, l’empereur Ferdinand, attribuait officiellement à quelques protégés les immeubles abandonnés par les juifs.5

Revenant en 1541 avec le même Suleyman qui fit alors de la ville le centre occidental de son empire, les juifs les plus fortunés réinvestirent “leur” rue6 tandis que le petit peuple juif vivait sous les murailles du château.7 Mais tous ne revinrent pas. Curieusement un petit nombre se fixèrent à Kavala, en Grèce, avec leur réputé rabbin Matityah Ben Natan auquel ceux retournés à Buda continuèrent fréquemment de se référer.
D’autres se fixèrent à Vidin, Salonique et Constantinople où leur accent en hébreu identifiait leur origine.

Les grandes familles juives qui revinrent se virent fréquemment confier par le sultan des charges importantes. En fin de XVIe siècle depuis Buda les rabbins de Salonique étaient toujours consultés pour des problèmes délicats, comme en témoignent les responsa.

 Au XVIIe siècle, la période faste, trois synagogues existaient, une achkénaze (peut-être la moitié des fidèles), une sépharade (le tiers des fidèles) et une syrienne (le reste).

À maintes reprises, des troupes chrétiennes impériales s’efforcèrent de reprendre Buda entre 1541 et 1686. L’auteur étudie en particulier le siège de 1602 car il a pu se référer à nombre de documents. Au cours de ce siège les juifs défendirent avec courage leur quartier, leurs positions. La vie de la communauté se poursuivit ensuite chez les petites gens comme chez les commerçants internationaux. L’auteur a examiné très sérieusement les documents notariaux, les registres des impositions et les responsa rabbiniques. Il cite maints cas particuliers. En 1680,  la communauté comprenait 80 chefs de famille. L’afflux de l’extérieur s’explique par la situation centrale de la ville : il était commun que des familles viennoises y envoient leurs enfants pour apprendre le turc. Puis Léopold ayant expulsé les juifs de Basse-Autriche en 1670, nombre d’entre eux s’établirent à Buda.

Mais ce havre de prospérité prit fin en 1686 lorsque les Hongrois réoccupèrent la ville. Nombre de juifs8 avaient péri pendant le siège, nombre furent faits prisonniers et transportés ailleurs et la majorité des survivants, aidés par d’autres juifs d’Europe se réinstallèrent ici ou là.
Le bruit ayant couru en Europe que les juifs s’étaient défendus côte à côte avec les Turcs, des massacres de juifs eurent lieu ici et là, jusqu’à Padoue par exemple.

Il ne subsista ensuite plus de communauté juive à Buda pendant une longue période.9
Ce très petit volume sur une histoire peu connue est d’une rare densité.

Jean Carasso
 
1 Nom de baptême qu’il prit à la naissance d’un enfant qu’il eut d’une chrétienne… mais il revint avant sa mort à la foi juive.

2 Tout donne à penser que ce nom a été déformé par les traductions successives, vers le hongrois et depuis le hongrois vers l’anglais, et qu’il s’agit du nom connu Seneor ou Senior… dont la branche la plus célèbre, celle d’Abraham se convertit au catholicisme en 1492 adoptant le nom de Coronel.

3 On ne sera pas surpris que les chiffres varient considérablement selon qu’on se réfère à des sources chrétiennes ou turques…

4 Fondateur de la dynastie qui régna sur la région de 900 à 1300 environ. La peuplade finnoise qu’il dirigeait venait de la région du Don et arriva en Moldavie pour se fixer dans la région du moyen Danube. C’est l’origine du peuple hongrois.

5 On a connu quatre siècles plus tard de tels pillages… moins officiels…dans toute l’Europe occupée par l’Allemagne !

6 Présentement Táncsics Mihály.

7 Présentement  Víziváros.
 
8 Tout comme d’autres éléments de la population.

9 Les auteurs notent que les juifs ayant vécu jusqu’au XXe siècle à Budapest n’étaient donc pas les descendants de ceux du XVIIe siècle.
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