Quartiers de Constantinople de Thrassivoulos Papastratis


En grec, 2003, Editions Tsoukatos, 2 Place Victorias GR 104 34 Athènes Fax 30 21 08 81 89 92 125 pages ISBN 960-7922-19-0


L’auteur, Grec de Grèce, avocat et historien, décrit dans cet ouvrage et avec une infinie nostalgie les changements subis à ses yeux par Istanbul  tout au long  de ses nombreuses visites, depuis les années 80, à la recherche des vestiges de la vieille Constantinople. Cette lente dégradation  du passé est due en particulier aux effets conjugués de la modernité, du tourisme et  de la  disparition des communautés ethniques minoritaires (Grecs, Juifs, Arméniens) qui dans les premiers temps de la conquête ottomane constituaient l’essentiel de la population. Ainsi, par exemple, dans le quartier de Balat, actuellement déserté par les Juifs autrefois majoritaires (Yehoudi Balat, Balat-la-Juive) ceux-ci cohabitaient avec des Grecs et des Arméniens.

Cette cohabitation n’a  pas toujours été harmonieuse puisqu’il y eut parfois de véritables pogroms anti-Juifs. Aujourd’hui, à côté des ruines et vestiges de nombreuses synagogues, une seule reste debout, celle d’Akhrida  plus ou moins bien conservée mais hélas ! vide de fidèles. Les vieilles façades délabrées témoignent de la présence des Juifs dans le quartier depuis plus de cinq siècles et sont comme une véritable fenêtre sur l’époque byzantine. à côté de ces synagogues, se trouvent encore quelques églises anciennes, elles aussi souvent abandonnées. Le quartier est devenu, semble-t-il aujourd’hui, un repaire d’islamistes fanatiques.
En revanche, l’hôpital communautaire Ohr Hahaïm, face à la Corne d’Or, est toujours fonctionnel et actif, prodiguant ses soins aussi bien aux juifs qu’aux musulmans et aux chrétiens et témoigne de la survie de la communauté juive de la ville d'Istanbul.

Parallèlement, la quasi disparition récente de la présence grecque, surtout depuis les années 1970, se mesure à la place de plus en plus réduite de la langue grecque, alors même  que les gens qui la possèdent n’osent plus la parler. Balat, et Fener, sa voisine sur la Corne d’Or, avec son Patriarcat et sa Communauté grecque et arménienne,  mais aussi Topkapi, Galata, Ferikyöy, Haskyöy sont, parmi tant d’autres, des quartiers prestigieux dont les noms retentissent comme autant de souvenirs mythiques aux oreilles  des amoureux nostalgiques de cette cité glorieuse.

Le lexique judéo-espagnol et la longue liste de mots, expressions et coutumes hébraïques que l’auteur, pourtant grec, a incorporés dans son ouvrage, en disent long sur la place qu’occupait jusqu’à tout récemment la communauté juive dans la société, l’histoire et la culture de la cité.
La conclusion, nous la trouverons dans l’épilogue qui dit en substance “qu’il reste aujourd’hui tant de maisons en ruine ou fermées, de tombes envahies d’herbe. Et le silence ! Le silence des voix qui se sont tues de ceux qui, plus que tous autres, ont contribué au devenir d’Istanbul, à savoir des Juifs, des Grecs et des Arméniens, mais aussi des Turcs, car même les Turcs d’antan ne sont plus là. Ils ont été cruellement et irrémédiablement remplacés.”
Ce très beau livre, de présentation bien agréable, illustré de  magnifiques photos, décrit avec beaucoup de détails  et une grande  nostalgie tous les  quartiers, anciens et moins anciens de cette ville fabuleuse. 


Vital Eliakim
Comments