La Aljama judía de Monzón “La recordada” de F.A. Lascorz-Arcas


En espagnol, quelques citations en hébreu : “La Communauté juive de Monzon, la remémorée”.
2003 Certeza éditeur Parque 41,  E 50007  Zaragoza, Fax 976 25 18 80 certeza@certeza.com 222 pages ISBN 84-96219-01-1


Discret et émouvant avant-propos rappelant tout le travail des uns et des autres pour publier un livre, et demandant de ne pas photocopiller.

Certains lecteurs se souviennent peut-être que dans le n° 39 de la LS en septembre 2001, nous avions exprimé notre admiration devant cet auteur à l’occasion de son livre La aljama judía de Monzón, la olvidada - “La communauté juive de Monzon, l’oubliée”.

Sous une couverture très similaire, chez le même éditeur et un sous-titre inversé, Andreu Lascorz, avec une superbe persévérance complète ses informations de la première édition, et nous raconte cette fois la suite : que sont devenus ces juifs ? Nous avions indiqué, à la lecture du premier livre “…quelques retours après conversion dans les années suivantes”.

L’auteur rappelle que la ville fut sous domination musulmane de 714 à 1096 et que les juifs y exercaient librement leur religion, tant à la synagogue qu’à la maison, tradition qui se maintint quelque temps après la reconquête catholique. Il en découle entre autres que pratiquement tous les juifs, durant ces quasi-quatre siècles, pratiquaient aussi bien l’hébreu que l’arabe et la langue vulgaire.

Comme nous l’avions exprimé à l’occasion du premier livre, Andreu offre un travail d’historien, recardant largement toutes ses trouvailles dans l’histoire de la province et au delà !

Il rappelle qu’à l’expulsion des juifs de France en 1306, maints d’entre eux se réfugient en Catalogne et en Aragon, entraînant parfois avec eux des conversos désirant revenir au judaïsme ! Les répercussions sur les juifs de la peste noire de 1348 furent localement dévastatrices, mais pas à Monzon, Huesca et Lleida où les juifs purent se barricader.

Les listes d’habitants juifs de 1397 et de 1465/78 montrent que la plupart des patronymes ont disparu, mais on y trouve toutefois en 1397:  Çaporta, Caçes, Gatenyo, Frances, Mosse ; en 1465 : Astruc, Levi, Natan.

En été 1492, un peu plus de 300 juifs vont se réfugier vers Perpignan. Mais Ferdinand et Isabelle y entrent eux-mêmes en fanfare le 13 septembre 1493 et il faut fuir de nouveau. Tous ceux qui repartent vers les provinces d’Italie ne pourront s’y établir stablement. Pourtant 15 % de la population juive de Rome en fin de XVIe siècle était catalane ou aragonaise. Andreu cite de nouveau les Çaporta et les Gatenyo, plus tard à Salonique recréant leurs synagogues d’origine.

Pour terminer l’auteur a recueilli des témoignages de contemporains se réclamant d’origines aragonaises (dont plusieurs sont connus de la Lettre Sépharade) et même d’une famille Monzon d’Israël ayant vécu en Russie (Moshe Monzon est un lithographe connu à Jérusalem)… et d’une quarantaine de familles, en général chrétiennes portant ce nom en Argentine.1

Jean Carasso


1 L’auteur reprend en note, à la fin de l’ouvrage, une liste de 223 patronymes juifs rencontrés dans les textes et archives qu’il a étudiés à propos de Monzon, avec la date de leur citation.
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