Judeo-spanish in the turkish social context de Mary Altabev


En anglais “Le judéo-espagnol dans le contexte social turc”  2003  Isis Press - Semsibey Sokak 10 - Beylerbeyi  Istanbul 81210
Fax 90 21 63 21 86 66 - isis@turk.net - 257 pages ISBN 975-428-241-2

Depuis quasi cent cinquante années, des lettrés, des universitaires, qu’ils appartiennent ou non à cette culture judéo-espagnole et en connaissent ou non la langue véhicule, se posent la question de sa survie ou de son extinction. Et ont parfois conclu de manière péremptoire, pas toujours dans le sens où on les attendait…

Contrairement à d’autres qui titrent leur livre sur “La mort d’une langue”, Mary Altabev, elle, sous-titre le sien “Mort d’une langue, chant du cygne, résurrection ou nouvelle entité ?” Voilà une formulation honnête, car neutre, et qui engage à examiner les arguments de son étude, menée essentiellement à Istanbul, d’où elle est native. Mary a soutenu une thèse sur le sujet.

Elle expose d’abord en quoi sa connaissance du judéo-espagnol (première langue en famille), du turc, du français puis de l’anglais l’établit de plain-pied avec les personnes rencontrées au cours de son investigation et ne l’exclut nullement comme enquêtrice.


Elle se pose la question de la désaffection de sa première langue dès l’âge de sept ans, décidant alors que le turc serait sa langue et s’interroge sur les raisons de ce choix. Son exemple est emblématique et transposable en France, aux États-Unis etc, au profit de la langue du pays d’accueil et à la volonté de plus rapide intégration. Les premiers ennemis de cette langue au cours des deux premiers tiers du XXe siècle, furent les locuteurs eux-mêmes qui affectaient de la considérer comme un jargon impropre à la culture.

Mary décrit finement, avec beaucoup de scrupules et d’honnêteté, la méthodologie de son enquête (fin d’année 1994 puis été 1995), étudiant sa distanciation/imbibation dans le sujet traité : conflits possibles, implication émotive etc… Après une mise en perspective grâce aux auteurs qui ont travaillé sur cette question avant elle, Altabev en vient à se poser cette question : le judéo-espagnol reste-t-il un “marqueur d’identité pour le juif d’Istanbul contemporain ?” Quelles langues déterminent leur identité de juifs de Turquie ?
C’est peut-être dans ce cadre multilinguiste-là que le judéo-espagnol survivra à Istanbul, une récente enquête sociologique menée par Klara Perahya tendrait à le prouver.

Mary rapporte fidèlement des phrases qu’elle a enregistrées, commençant en turc et se poursuivant en espanyol sans aucune difficulté, sans nuire à la compréhension réciproque “…une façon juive de parler…”. Nombre de jeunes rencontrés sentent combien se raccrocher à cet espanyol les relie à leur mémoire collective !

Les conclusions sont donc nuancées…

Jean Carasso
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