En tierras de Moav i Peleshet Drama i Poema biblikos de Moshe ’Ha-Elion


En judéo-espagnol et hébreu, présentation par Avner Perez “En terres de Moav et Peleshet. Drame et poème bibliques” 2003. Institut Maale Adumim POB 35 Maale Adumin 90610  Israël 80 pages ISBN 964-90322-1-8 17 euros chez l’éditeur, port compris.


En mars 2001, nous avions attiré l’attention de nos lecteurs sur l’extraordinaire qualité poétique de ce double poème épique de cinq cents vers réguliers, généralement de quatorze pieds avec césure centrale : En los kampos de la Muerte.

Notre admiration portait sur le courage de l’auteur, ancien déporté d’Auschwitz, rescapé, réussissant à rimer lui-même avec un grand talent, en mémoire de sa sœur, sur un sujet si douloureux.1

Nous ajoutions que Moshe, et lui seul en avait le droit, avait mis en musique une première partie de cette geste La djovenika al Lager, et qu’il souhaitait la voir interprétée. Ce nous fut une très grande joie que Judy Frankel dont on sait le talent, ait accepté à notre demande d’orchestrer et de chanter ce morceau en première mondiale au Festival des musiques judéo-espagnoles organisé en mai 2001 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris.

La charge émotive fut telle - malheureusement en l’absence de Moshe ‘Ha-Elion - que, l’ayant chantée merveilleusement, l’Américaine2 Judy, sur scène, salle comble, pleura, posa sa guitare, quitta tranquillement ses lunettes, essuya ses larmes, remit ses lunettes avec un louable flegme professionnel et poursuivit son programme… moment inoubliable!




Moshe ‘Ha-Elion a dû prendre goût à la poésie, épaulé par son éditeur, traducteur et complice Avner Perez, puisqu’ils nous offrent un nouveau recueil comportant deux parties.

Perez en a assuré la transcription du judéo-espagnol caractères latin vers les  caractères rashi, puis une traduction en hébreu, le tout en trois colonnes, ce qui conduit à cet élégant format à l’italienne.

Un poème biblique Shimshon, utilisant la même forme poétique que celle du livre précédent : vers de quatorze pieds, rimes par paires ; en voici la conclusion :

En viendo esto, mas en el Dio s’enfeuziavan.
Anel, en s’adresando, rogavan, suetavan :
“Ansina ke destruigas, o Dio, tus enemigos,
i tu mersed ste siempre kon tu nasion d’amigos!”
3

Le second, Bilam est un drame à nombreux personnages, et l’emploi d’un bouffon, conformément à la tradition théâtrale occidentale, permet de faire passer au roi certaines vérités. Sauf qu’ici le bouffon le paie de sa vie…

Dans ce drame en cinq actes et vingt scènes, les rythmes poétiques sont au contraire très diversifiés, chaque personnage s’exprimant dans le sien, ce qui rattache cette œuvre à la grande tradition de la dramaturgie classique en lingua muestra depuis le XVIe siècle.

Jean Carasso




Notes

1 Nous évoquions aussi le fait que sa déportation de Salonique, jeune homme, ne lui permit guère d’étudier et qu’après une carrière professionnelle toute autre en Israël, il étudia les Lettres à l’Université pour atteindre à cette maîtrise de la poésie que nous admirons.

2 Le talent musical transcende les frontières et nous n’avons pas l’habitude de mentionner la nationalité des interprètes que nous savourons. Nous signifions seulement ici que Judy Frankel, née bien après la Choah n’eut pas à en souffrir, ni ses proches, et que son émotion n’était pas d’ordre personnel, mais le fruit d’une rare sensibilité. Nous sommes particulièrement fiers et heureux de pouvoir le rappeler dans ces colonnes.

3 Comme dans le premier ouvrage, on décèle l’influence du français.
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